Introduction – Notre point de vue.
Aplutsoc salue la prise de position récente de plusieurs dirigeants et élus écologistes, que nous reproduisons ci-dessous d’après La Tribune de ce 3 août 2025. Notre position : deux génocides menacent deux peuples, les Palestiniens et les Ukrainiens, et appellent une politique militaire démocratique déterminée, armant l’Ukraine pour battre les troupes russes maintenant et affrontant Israël pour stopper immédiatement le crime de masse à Gaza (sans oublier l’exigence de libération des otages, qui n’est pas et n’a jamais été le but de guerre de Netanyahou). Cette position appelle des gouvernements autres que les gouvernements actuels en Europe, France comprise, des gouvernements de défense sociale, démocratique et écologique contre Trump et Poutine, mais la revendication militaire doit être immédiate. De ce point de vue, l’appel des écologistes permet de poser les vraies questions en ce qui concerne les Palestiniens.
Document
« Après être devenu le cimetière de dizaines de milliers de civils, Gaza est en passe de devenir le cimetière de l’ordre international, de ses droits et normes, et désormais de notre commune humanité.
Aux bombardements, à la destruction de la quasi-totalité des habitations, des écoles, des hôpitaux, à l’écocide, aux massacres quotidiens, s’ajoute désormais un énième crime de guerre : la famine comme arme du génocide.
L’armée israélienne continue de conduire une opération macabre : la destruction d’un peuple désarmé en redoublant de cruauté et de sadisme. Presque chaque jour, les rares sites de distributions alimentaires sont le théâtre de massacres de civils. Plus de 1.000 Palestiniens assassinés, dans des points censés avoir été sécurisés, dans l’attente de maigres vivres, pour survivre.
Les rares membres du personnel médical encore sur place et en vie voient des enfants disparaître et mourir de faim sous leurs yeux, et ils ne peuvent absolument rien y faire. Nous voyons tous les jours des bébés amputés sans anesthésie, des enfants brûlés vifs, des civils innocents massacrés.
Toutes les structures de survie des Palestiniens sont anéanties, y compris les hôpitaux et l’accès aux médicaments. L’armée israélienne ordonne des déplacements massifs incessants – il y a encore seulement quelques jours – confinant plus de 2 millions de Palestiniens, sur moins de 12% du territorie de Gaza (source ONU). Nous ne pouvons rester sans action concrète et urgente face à ce génocide.
Des niveaux records de malnutrition aiguë (source MSF), s’ajoutant aux près de 60.000 Palestiniens tués dont 18.000 enfants, plus du double blessés. Et ces chiffres sont probablement sous-estimés. Il y a quelques jours encore, un ministre israélien déclarait :
« L’armée doit trouver des moyens plus douloureux que la mort pour les civils à Gaza. Les tuer ne suffit pas. » Démonstration glaçante de la rhétorique génocidaire du gouvernement israélien, contre laquelle s’élève dans tous les pays des voix puissantes réclamant la paix et la protection du peuple palestinien. Au sein même de la société israélienne, des voix s’élèvent contre le génocide en cours.
L’annonce tardive de la reconnaissance de l’État de Palestine par le président Macron est essentielle. Elle nous oblige à agir et à sortir de la France et l’union européennes de ses tergiversations complices. Il faut être conséquents, il faut agir, vite, maintenant.
Soyons clairs : ce qui menace, si nous n’agissons pas d’ici là, c’est qu’en septembre les Gazaouis aient été décimés.
Il est urgent que le président de la République et le gouvernement prennent toute la mesure de la situation : l’arrêt de la Cour International de Justice évoquant dès janvier 2024 un risque plausible de génocide nous engageait déjà. Nous aurions dû prévenir, nous ne l’avons pas fait. Nous devons désormais œuvrer activement et fermement pour protéger les Gazaouis.
Nous avons donc une demande claire, à la hauteur de l’urgence lorsque l’on sait que le génocide en cours et la famine écrasent brutalement le peuple palestinien.
Nous demandons qu’au regard de l’urgence et de la gravité de la situation, des navires de la Marine nationale soient déployés sans attendre sur les côtes de Gaza dans le but d’apporter des vivres, des médicaments, produits de première nécessité.
Déjà en novembre 2023, la France envoyait le Tonnerre et le Dixmude, deux porte-hélicoptères amphibies afin de soulager les hôpitaux de Gaza. Cette opération doit être répétée et amplifiée. Des moyens conséquents doivent être déployés pour permettre que les navires dépêchés sur place puissent apporter une aide humanitaire et médicale conséquente à une enclave qui manque de tout.
Le parachutage d’aide alimentaire est une méthode peu efficace et dangereuse, il est donc indispensable de pouvoir garantir l’ouverture complète de l’aide humanitaire et son acheminement de manière sécurisée pour les Gazaouis. La France doit être le moteur d’une coalition internationale pour lever le blocus humanitaire, dans le respect des traités internationaux et en lien avec les instances des nations unies.
Nous en appelons solennellement au Président Macron : la décision d’un déploiement effectif et efficace de navires de la marine pour livrer de l’aide humanitaire vous revient. Si vous n’agissez pas, vous êtes complice. Complice du génocide, des enfants affamés, des milliers de morts faute de soins, d’un peuple massacré. Votre inaction restera dans l’histoire.
Assumez une décision historique qui permettra de mettre un terme à un blocus illégal, et d’arrêter le génocide en cours. Assumez de reconnaître l’État de Palestine sans attendre septembre, et de faire campagne pour rallier le plus de pays européens possibles en renouant avec notre histoire. Assumez d’être à l’initiative d’une coalition à même de mettre fin au drame humanitaire. Assumez de demander des sanctions contre le gouvernement israélien, d’arrêter la livraison d’armes et d’exiger l’arrêt de l’accord d’association de l’Europe avec Israël.
Une pression résolue, concertée et ferme contre le gouvernement israélien peut remplir notre seul objectif : un cessez-le-feu permanent, pour en finir avec le génocide en cours.
De timides déclarations diplomatiques ne résoudront plus rien. Seuls des actes résolus et forts viendront à bout de la barbarie. Dans le cas contraire, votre initiative diplomatique et politique constatera un champ de ruines qu’est devenu Gaza, et l’effacement de tout un peuple.
Les futures générations s’y rendront et pourront dire « voilà, sur les bords de la Méditerranée, où Gaza s’élevait. C’était avant le génocide du peuple palestinien, au XXIe siècle, au vu et au su de tous ». «
Signataires :
- Marine Tondelier, Secrétaire nationale des Écologistes
- Aïssa Ghalmi, Secrétaire national adjoint des Écologistes
- Cyrielle Châtelain, présidente du groupe Écologiste et social à l’Assemblée nationale
- Guillaume Gontard, président du groupe Écologiste – solidarité et territoires au Sénat
- David Cormand, eurodéputé écologiste
Un positionnement politique extrêmement fort, assez étonnant, qu’on croirait inspiré des réflexions d’aplutsoc ! Il faut s’en réjouir, je crois.
J’aimeJ’aime
1909, une escadre française assistée de navires anglais et italien avait sauvé 2200 arméniens du génocide par les jeunes turcs. Alors pourquoi pas maintenant alors que l’histoire se répète…
La flotte française au secours des Arméniens (1909-1915) , Marines éditions, 127 pages, 23,20 euros. ISBN : 978-2357430099
J’aimeJ’aime
Présentation
Voici la façon dont un article de Jacobin présente l’affaire : intervenir humanitairement à Gaza est présenté comme une invasion d’Israël là où il s’agirait uniquement de créer des corridors de protection de la population civile garantissant la fourniture d’une alimentation suffisante et des soins sanitaires. Sur un territoire, Gaza, dont le statut international selon les normes admises par l’ONU, est celui d’un territoire occupé illégalement depuis 1967.
Ironiquement, en posant de cette façon, la possibilité d’une intervention humanitaire ferme, cet article reprend la thématique du Grand Israël des colons et partisans de Ben G’vir et autres Smotrich : Gaza, c’est Israël !
Article de Jacobin
Devrions-nous envahir Israël au nom de l’humanitarisme ?
Par Corey Robin
Pendant des décennies, l’humanitarisme libéral a soutenu que la communauté internationale devait intervenir militairement contre les États se livrant à des violations extrêmes des droits humains. Or, il est indéniable qu’Israël n’est pas un État comme les autres.
Lorsque j’étais étudiant diplômé dans les années 1990 – et cela a perduré dans les années 2000 et 2010 – l’idée dominante dans les milieux libéraux de politique étrangère était celle de l’intervention humanitaire ou de la responsabilité de protéger. L’idée était que, si les États devaient normalement respecter la souveraineté des autres États, dans des circonstances extrêmes, comme un génocide ou un nettoyage ethnique, la communauté internationale avait non seulement le droit, mais le devoir de prendre des mesures coercitives, y compris le recours à la force militaire et à la violence, pour mettre fin au génocide ou au nettoyage ethnique.
Parfois, selon la théorie, cela pouvait impliquer le renversement du régime génocidaire. Ainsi, le Vietnam a été autorisé à envahir le Cambodge et à renverser les Khmers rouges, la Tanzanie à envahir l’Ouganda et à renverser le régime d’Idi Amin, l’OTAN à renverser Slobodan Milošević, etc.
Si ces actions étaient souvent présentées comme une obligation de la « communauté internationale », le fait que les acteurs étaient généralement des États voisins ou d’anciens États coloniaux suggère que la politique de puissance était acceptée comme un complément légitime, voire une motivation sous-jacente, du régime d’intervention humanitaire. Le fait que les États locaux ou anciens États coloniaux puissent avoir d’autres intérêts que humanitaires – que les intervenants ne soient pas toujours les Nations Unies dans leur ensemble, mais des États individuels animés d’arrière-pensées – n’enlevait rien au fait que la violence militaire était utilisée pour mettre fin au génocide.
Il s’agissait là encore d’une opinion largement répandue au sein du courant libéral dominant entre le début des années 1990 et l’administration Obama, qui a vu l’OTAN intervenir en Libye pour des raisons similaires.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à un génocide à Gaza. Les États voisins devraient-ils être autorisés à envahir Israël et à y mettre fin, même si cela implique le renversement du régime de Benjamin Netanyahou ? (Et n’oublions pas : les Vietnamiens qui ont renversé les Khmers rouges n’étaient guère des modèles de libéralisme ou de démocratie.) Que disent aujourd’hui les défenseurs du droit à la protection ? Où sont passés tous les humanitaires progressistes ?
Source : https://jacobin.com/2025/08/israel-palestine-humanitarian-intervention-genocide
J’aimeJ’aime