Nous écrivions avant-hier :

« Mais s’il est essentiel que ce soit la poussée sociale se centralisant contre l’exécutif qui encadre et verrouille la censure, comme cela s’était déjà produit par la grève de l’enseignement public du 5 décembre 2024 envers la censure de Barnier, mais en plus fort, c’est aussi, c’est surtout, parce que Macron va tenter de violer encore et encore la démocratie en nommant à nouveau un gouvernement de casse sociale. Or, quelle combinaison parlementaire se profile-t-elle pour étayer un tel gouvernement ?

Voyons les choses en face, c’est la coalition parlementaire de l’union des droites, RN, UDR (ciottistes), LR, Horizon, testée précisément pour et par la loi Duplomb où elle a entraîné le Modem et Renaissance, celle que veut Stérin et contre laquelle se mène la bataille dans bien des endroits comme à Moulins, c’est cela qui peut se profiler rapidement, car les plans sont prêts – que le RN soutienne sans participer ou participe au gouvernement. Cela peut commencer par un gouvernement Retailleau. »

Ces derniers jours, la crise s’accentue ouvertement dans le gouvernement, opposant en fait Retailleau, à son initiative même s’il joue les saintes vierges, et Macron.

Parmi plusieurs sujets, la pierre d’achoppement porte sur les relations de la France avec l’Algérie, en cours d’effondrement depuis que Macron, à la suite des Etats-Unis, a choisi d’appuyer les revendications néo-impériales du Maroc sur le Sahara occidental, et, de fait, sur une grande partie du Sahara. Le régime algérien, se prévalant de la légitimité – qu’en réalité, pour la nation algérienne, il n’a plus, mais ceci n’apporte aucune légitimité à la France – de la révolution algérienne ayant arraché l’indépendance à la France, a embastillé l’écrivain Boualem Sansal et le journaliste Christophe Gleizes. Confronté à la crise de l’influence impérialiste française en Afrique, ainsi qu’à un rapprochement algéro-italien, Macron et le ministre des Affaires étrangères Barrot voudraient temporiser alors que Retailleau voudrait aggraver encore la crise et s’en prendre massivement à l’immigration algérienne en France et aux franco-algériens. Tel Sarkozy face à Chirac dans les années 2000, il sort donc ouvertement de ses prérogatives ministérielles.

Mais comprenons bien que c’est fondamentalement la perspective de la censure de Bayrou dans un contexte d’explosion sociale à la rentrée qui fait sortir Retailleau du bois, dans l’intention de s’affirmer pour contraindre Macron à faire de lui le successeur de Bayrou, avec une majorité parlementaire d’union des droites reposant sur le RN, que celui-ci participe ou non au prochain gouvernement.

C’est en ce sens que Retailleau multiplie les déclarations proclamant la fin du macronisme, ce qui n’a d’autre intérêt que de préparer l’alliance ouverte allant de (Edouard ) Philippe à (Marion ) Maréchal, et ceci en prétendant défendre, par sa présence au gouvernement, le « bien commun », terme codé qui réfère à son ami Stérin et à sa « Fondation du Bien Commun ».

Mais il y un hic pour les uns et les autres, pour Retailleau comme pour Macron et pour un Bayrou de moins en moins existant : cette crise au sommet se déroule alors que la pétition contre la loi Duplomb, laquelle est de fait la grande loi criminelle annonçant l’union des droites, a maintenant bien plus de signataires que LR n’a d’électeurs !

Elle se déroule aussi alors que la principale comparse de Retailleau dans ce gouvernement, Rachida Dati, en est le maillon faible à cause des affaires de corruption qui la cernent de toutes parts, et alors qu’elle n’a pas osé se présenter à Avignon face aux travailleuses et travailleurs du spectacle mobilisés, elle qui veut casser le service public audiovisuel et mettre la culture au pain sec, sauf celle de Stérin  !

Ce que porte la pétition contre la loi Duplomb, ce qui monte en vue de la rentrée scolaire et sociale pourtant dans plus d’un mois, c’est un affrontement social contre l’ensemble de cet exécutif en crise, Macron/Bayrou/Retailleau, et donc contre l’union des droites qui cherche à prendre le relais. Que le RN soit obligé d’annoncer qu’il va censurer le budget Bayrou et que la fachosphère s’agite sur le 10 septembre ne doit pas inhiber nos organisations syndicales : ils y sont contraints, car s’ils continuaient à adopter une posture de protection de l’exécutif, ils s’effondreraient. Cela alors que l’effondrement anticipé de Bayrou ne laisserait que le soutien, avec ou sans participation, du RN, à la poursuite de la politique que veulent les capitalistes !

Le 25/07/2025.