Emmanuel Macron vient de faire son discours aux militaires. Un discours bien structuré sur un terrain présidentiel censé aider à redorer son blason, comme cela s’était, timidement, amorcé ce printemps. Mais ces dernières semaines, après avoir cautionné la guerre de Netanyahou et Trump en Iran, respecté Trump au sommet de l’OTAN à La Haye, et repris officiellement contact avec Poutine, Macron avait fait ce qu’il fallait pour dilapider le peu de « poil de la bête » récupéré. Là-dessus, intervient son discours de ce jour, 13 juillet.
Quand il dit que la liberté est menacée, la masse de la population, qui le savait déjà, le ressent, indépendamment de l’hostilité majoritaire à sa politique et ses méthodes, et donc souvent sa personne. Mais qu’exige une défense efficace de la liberté au moment présent ?
Elle exige avant tout deux choses. A l’Ukraine, des drones, des avions, des moyens de défense anti-aérienne, des volontaires internationaux, dans le but de faire reculer les troupes russes maintenant en vue d’enclencher une crise existentielle du régime poutinien. A Gaza, envoyer une vraie flotte pour stopper le massacre et la famine génocidaires et le blocus. Ces deux actes, les puissances européennes en ont tout à fait les moyens et les peuples les soutiendraient avec enthousiasme. Ils conduiraient à l’union démocratique des peuples contre Trump et Poutine. Conformément aux besoins sociaux fondamentaux.
Qu’a annoncé Macron ? Qu’il veut que les 64 milliards d’euros de budget militaire annuel prévus pour 2030 dans la loi de programmation militaire, soient atteints en 2027. Que ceci ne saurait être financé par la « dette » (sauf que les dépenses de fonctionnement de l’État, salaires des militaires compris, sont financés par « la dette », ou plus exactement, alimentent le capital financier au moyen de « la dette » !), mais par la création de richesses que la relance massive des industries militaires est censée apporter. On sait qu’il a déjà dit, en mars, ne rien vouloir financer par « les impôts », ce qu’il n’a pas répété là. Cette relance industrielle militaire doit être selon lui européenne, avec la France comme fer de lance entraînant notamment Allemagne et Royaume-Uni, et mettant en avant sa « dissuasion » nucléaire.
On remarquera que le nucléaire est clairement envisagé par lui comme un moyen d’influence à l’échelle européenne, mais, implicitement, pas comme un vrai moyen de combat en cas de guerre, les efforts de production devant porter sur les munitions, l’aérien, l’électronique, l’IA, le spatial, les normes d’entraînement des soldats, dont les salaires seraient augmentés. Implicitement, est reconnue la fonction exclusivement impérialiste, et non défensive, du nucléaire.
« Au fond, soyons simples : pour être libres dans ce monde, il faut être craints. Pour être craints, il faut être puissants », nous dit Macron. Non : pour être libres, il faut être unis ; pour être unis, il faut défendre la liberté des peuples.
La liberté des peuples européens et du monde est menacée par l’Axe Trump/Poutine, mais une réponse impérialiste des gouvernements européens n’assure pas la défense de la liberté, voilà la question. Vouloir affirmer une sorte d’hégémonie impérialiste française en Europe, à travers la composante européenne de l’OTAN (implicitement, presqu’ouvertement, sans les États-Unis) et en voulant utiliser la coalition dite des volontaires de soutien à l’Ukraine en ce sens, se heurte immédiatement à toutes les contradictions : pas de rupture explicite avec Washington, intérêts différents des différentes puissances européennes, etc.
De plus, le parcours des dangers mondiaux par Macron comporte de belles ellipses : il ne nomme pas ces puissances impériales qui, dit-il, menacent le Proche-Orient, et rappelle au passage que la France renouvelle sa politique africaine alors que le désastre, du point de vue impérialiste français, est à peu près total de ce côté-là …
Et il insiste sur l’outremer, censé être le premier front … de la défense de la liberté en Europe !
En fait, c’est l’acharnement français à maintenir en sa sujétion les territoires dit d’outremer qui comporte le risque d’immixtions d’autres impérialismes rivaux. Ce discours intervient juste après la signature d’un accord en Nouvelle-Calédonie que peut résumer ironiquement la formule « un État dans l’État », la Nouvelle-Calédonie étant proclamée État indépendant, mais qui a délégué tout le régalien à la France, et pourrait s’en emparer … si sa démographie n’est pas encore infléchie par l’installation de colons. Que le FLNKS y ait vu une avancée, contradictoire mais une avancée, peut se comprendre, mais l’auto-détermination n’est nullement assurée, et l’immixtion impérialiste chinoise nullement conjurée.
Ces investissements militaires représentent des sommes bien plus importantes que ce que représente une aide massive immédiate à l’Ukraine et une intervention stoppant Netanyahou et Trump à Gaza. Or, ils vont se combiner aux « 40 milliards d’économie » dont Bayrou est censé annoncé le contenu mardi 15 juillet. Faute de faire payer les riches, ce sont les salariés, actifs, chômeurs, retraités, qui paieront. On ne mobilise pas ainsi une population pourtant disposée à défendre sa liberté et celle des peuples voisins.
Quant aux mesures dites de mobilisation proprement dites, Macron en a différé l’annonce à l’automne, en faisant référence au SNU, qui n’a strictement rien d’une garde de défense territoriale à l’image de ce que la jeunesse ukrainienne a réalisé au printemps 2022, sauvant alors sa liberté et la nôtre, et tout d’un pseudo-camping disciplinaire. Il est logique qu’à partir du moment où le danger de guerre est utilisé pour les seuls intérêts impérialistes français, aucune modalité de mobilisation envisagée ne puisse être réellement motivante pour la jeunesse et la population.
Au final, le discours de Macron s’inscrit comme un chantage contre toute censure du gouvernement Bayrou ou de celui qui l’aurait remplacé d’ici le vote du budget, traitant par avance d’ennemis de la patrie ceux qui s’y risqueraient, alors que ce gouvernement est minoritaire, illégitime, antidémocratique.
Les besoins militaires réels de la défense de la liberté ne sauraient en aucun cas s’opposer, mais ils ne peuvent qu’aller avec la défense de la jeunesse, des droits sociaux et démocratiques.
Renverser le gouvernement Bayrou et affronter Macron et la V° République irait, au contraire, dans le sens des besoins militaires de la défense de la liberté en Europe et dans le monde. Rappelons, pour conclure, le point « Ukraine » du programme du Nouveau Front Populaire de juin 2024 :
« Défendre l’Ukraine et la paix sur le continent européen. Pour faire échec à la guerre d’agression de Vladimir Poutine, et qu’il réponde de ses crimes devant la justice internationale : défendre indéfectiblement la souveraineté et la liberté du peuple ukrainien ainsi que l’intégrité de ses frontières, par la livraison d’armes nécessaires, l’annulation de sa dette extérieure, la saisie des avoirs des oligarques qui contribuent à l’effort de guerre russe dans le cadre permis par le droit international, l’envoi de casques bleus pour sécuriser les centrales nucléaires, dans un contexte international de tensions et de guerre sur le continent européen et œuvrer au retour de la paix. »
VP, le 13/07/2025.