Présentation
Nous reproduisons ci dessous plusieurs hommages ou souvenirs rendus par des militants ayant connu Dan Gallin dans l’action syndicale et dans l’activité du mouvement ouvrier des soixante-dix dernières années.
Document 1
Dan Gallin : des anciens membres du personnel de l’IUF/UITA se souviennent de lui.
Les hommages à Dan Gallin ont afflué à l’UITA. Dan est décédé le 31 mai 2025. Ses funérailles ont eu lieu à Genève le 6 juin. Un événement commémoratif pour célébrer sa vie et son énorme contribution au mouvement syndical mondial sera organisé plus tard dans l’année.
Les condoléances et les souvenirs concernant Dan peuvent être envoyés à l’adresse suivante GLI.geneva2025@gmail.com
Parmi les nombreux hommages, plusieurs proviennent du personnel de l’UITA qui a travaillé aux côtés de Dan pendant de nombreuses années.
Lors des funérailles de Dan, Barbro Budin, ancienne coordinatrice de l’UITA pour les questions de genre, d’égalité et de projets, a déclaré :
« Tu faisais partie de ceux et celles qui ont marqué une époque et qui continuent à donner de la force et de l’inspiration à tous ceux et celles qui s’organisent contre toutes les formes d’exploitation et de répression. Peu de dirigeant-e-s syndicaux-ales ont l’expérience et les vastes connaissances culturelles et politiques que tu avais et que tu as mises entièrement au service du mouvement des travailleurs-euses. » Voir l’intégralité de son hommage ici (également disponible en version originale française).
Peter Rossman, ancien responsable de la communication et des campagnes de l’UITA, écrit dans la Global Labour Column :
« Sous sa direction, l’UITA est devenue une organisation combative et tournée vers l’avenir – un réseau mondial de solidarité dont le nombre de membres et l’ambition ne cessent de croître. De nouvelles organisations régionales dynamiques en Afrique, en Asie-Pacifique et en Amérique latine, dont beaucoup de membres luttaient pour leur existence même contre des gouvernements répressifs, ont été l’un des piliers de cette croissance. Un autre pilier était l’engagement à renforcer la force syndicale au sein des sociétés transnationales qui étaient de plus en plus le moteur de l’économie mondiale et des secteurs de l’UITA. Plus important encore, l’UITA a fourni une orientation stratégique allant au-delà de la simple réactivité ».
L’ancien secrétaire régional de l’UITA pour l’Asie/Pacifique, Ma Wei Pin, a écrit :
« À partir de janvier 1974, nous avons voyagé ensemble dans toute la région Asie/Pacifique pour construire l’organisation régionale de l’UITA (une première parmi les organisations affiliées) ; votre brillante vision pour entreprendre cette tâche ardue mais essentielle est incontestablement prémonitoire aujourd’hui.
En défendant avec force et fermeté les droits humains et leur universalité en Asie/Pacifique dans les années soixante-dix, alors qu’ils faisaient l’objet d’attaques soutenues de la part de gouvernements autoritaires qui les considéraient comme une valeur non asiatique, la région a vu et admiré votre leadership passionné et courageux, qui s’est avéré justifié ».
Suivront des hommages d’autres personnes qui ont connu Dan et d’organisations qu’il a inspirées.
Source : https://www.iuf.org/fr/news/dan-gallin-remembered-by-former-iuf-staff/
Document 2
Le témoignage d’Eric Lee, fondateur et animateur de LabourStart.
Dan Gallin, ancien secrétaire général de l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation (UITA), est décédé à son domicile à Genève à la fin du mois dernier à l’âge de 94 ans. Il était pour moi, et pour beaucoup d’autres, un mentor, un camarade et un ami.
Mes premiers souvenirs de Dan remontent à près de cinquante ans. Lors de ses visites à New York, nous nous rencontrions lors de divers événements organisés par le Comité d’organisation des socialistes démocratiques, ancêtre de l’actuelle DSA. Dan s’intéressait à la gauche américaine depuis des décennies, à l’époque où il vivait là-bas, à l’apogée du maccarthysme. Durant son séjour aux États-Unis, Dan devint un partisan de la gauche anti-stalinienne, et en particulier du Workers Party (Parti des travailleurs) de Max Shachtman (plus tard connu sous le nom de Ligue socialiste indépendante).
Dan détestait les staliniens et détestait tout autant les partisans de la Guerre froide, d’extrême droite, financés par la CIA, qui ont tous deux joué un rôle destructeur dans le mouvement ouvrier international. Mais il ne se serait jamais qualifié de socialiste du « troisième camp ». Comme il l’a dit un jour : « La ligne de clivage fondamentale dans le monde d’aujourd’hui n’est pas la ligne verticale séparant les deux blocs ; c’est la ligne horizontale séparant la classe ouvrière de ses dirigeants, et cette ligne traverse les deux blocs. Nous ne sommes ni à l’Est ni à l’Ouest. Nous sommes en bas, là où se trouvent les travailleurs. »
À l’approche de la retraite, après avoir fait de l’UITA une organisation militante forte de plusieurs millions de membres regroupant les syndicats mondiaux de l’alimentation et de l’agriculture, Dan a d’abord tenté de relancer le mouvement international d’éducation ouvrière. Selon lui, ce mouvement était l’un des piliers survivants de ce qui était autrefois un vaste mouvement ouvrier, comprenant des partis politiques, des groupes de jeunesse, des coopératives et des syndicats. Il comparait certains de ces mouvements aux ruines d’une civilisation disparue, qu’il entendait contribuer à faire revivre.
Dan a été élu président de la Fédération internationale des associations d’éducation ouvrière (IFWEA) et il m’a chargé de produire – pour la première fois dans les 50 ans d’histoire de l’organisation – un magazine trimestriel, Workers’ Education, qui paraissait en trois langues.
Plus tard, après avoir quitté la présidence de l’IFWEA, Dan a créé le Global Labour Institute, qu’il qualifiait parfois d’« NGI » – jeux de mots sur ONG, en anglais NGO – un individu non gouvernemental. Bien après sa longue retraite, il a continué à écrire, à prendre la parole et à former une nouvelle génération de syndicalistes et de militants de gauche démocratique. LabourStart a rassemblé de nombreux essais de Dan remontant à plusieurs décennies et les a publiés dans deux ouvrages, disponibles ici : https://www.labourstart.org/pico/?en/publications
Par exemple, il a longtemps soutenu l’idée de publier un livre sur l’histoire oubliée de la première république géorgienne (1918-1921). Dans les années 1980, il a même suggéré que si je parvenais à terminer l’écriture du livre, il pourrait le faire traduire et le faire passer clandestinement en Géorgie soviétique. Mais l’écriture du livre a survécu à l’Union soviétique. Lorsque le livre est finalement paru, c’est un Dan beaucoup plus âgé et frêle qui s’est rendu à Tbilissi pour participer à son lancement. Comme me l’a récemment rappelé un ami qui était là, Dan m’a expliqué que le « socialisme démocratique » était une appellation erronée : il ne peut y avoir de socialisme sans démocratie, a-t-il dit.
Dan possédait une connaissance encyclopédique de l’histoire de la gauche et des mouvements ouvriers du monde entier. Lors de ma dernière visite, à la veille du premier confinement dû au COVID, il m’a dit ces mots d’adieu : « La prochaine fois que je te vois, rappelle-moi de te raconter une histoire sur le trotskysme albanais. »
Cela, en une phrase, exprimait qui était Dan, comment il pensait et comment il vivait.
Paru initialement sur le blog d’Eric Lee et sur le site de Solidarity.