La volonté patronale de toujours chercher à rallonger le temps de travail des salariés connait une nouvelle poussée à partir des déclarations des fédérations patronales de la boulangerie et de la fleuristerie qui remettent en cause le caractère chômé et payé de la journée du 1er Mai, journée internationale de lutte des travailleurs, férié en France depuis … Pétain ! Ce dernier cherchait alors à effacer la tradition syndicale de mobilisation pour les revendications ouvrières pour lui substituer l’harmonie entre les classes parfumé à la saveur du muguet.
Une campagne d’opinion a commencé car derrière cette demande d’un secteur patronal, on peut craindre une tentative de dérégulation générale appuyée, comme de bien entendu, par le gouvernement de Macron.
Nous rendons compte ci dessous des diverses prises de position déjà exprimées.
Tract de la Fédération Sud Commerce et Services

Ne les laissons pas nous voler le 1er mai !
Depuis plusieurs jours, la question du travail le 1er Mai est instrumentalisée dans le débat public. Les fédérations patronales, notamment celles de la boulangerie et de la fleuristerie, multiplient les interventions médiatiques pour réclamer une modification de la législation pour étendre le travail le 1er mai, arguant d’un cadre « obsolète » qui empêcherait leurs salariés de travailler ce jour-là, là où les employeurs artisans sont déjà en droit de travailler lorsqu’ils le souhaitent. Cette offensive vise à banaliser le travail lors de la seule journée fériée chômée et payée, garantie à l’ensemble des salariés de notre pays.
Le 25 avril, deux sénateurs centristes, Annick Billon et Hervé Marseille, soutenus par la Ministre du Travail Catherine Vautrin, ont déposé une proposition de loi » visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai. « . Ce texte, s’il était adopté, constituerait une rupture historique : il ouvrirait la voie à la généralisation du travail lors de cette journée symbolique, notamment dans le commerce, secteur où les salariés – principalement des femmes – sont déjà fortement sollicités les dimanches et la nuit.
Le 1er Mai ne saurait être réduit à un simple jour férié parmi d’autres. Héritage des grandes conquêtes sociales du XIXe siècle, il incarne la reconnaissance du travail et la nécessité de préserver des temps collectifs de repos et de cohésion nationale. Remettre en cause son caractère universel, c’est fragiliser un équilibre fondamental de notre modèle social, là où l’exception doit rester réservée aux activités strictement indispensables à la vie de la Nation.
Derrière cette remise en cause, c’est une vision du travail qui se dessine : celle d’une société où l’on devrait toujours travailler plus, au nom de l’austérité et du remboursement de la dette, au détriment des droits collectifs et du progrès social.
Face à cette offensive, le monde du travail, la jeunesse, les retraités et l’ensemble des forces progressistes à se mobiliser massivement ce jeudi, aux côtés des organisations syndicales et du Nouveau Front Populaire. Il s’agit d’affirmer notre attachement à la justice sociale et à une démocratie vivante, et de rappeler que la France ne se résigne pas à une régression sociale sans fin.
Par une mobilisation forte et unitaire, nous pouvons défendre l’universalité du 1er Mai et réaffirmer l’exigence d’unité politique et sociale, seule à même de garantir un avenir de progrès pour toutes et tous.
Publié par L’APRÈS le 30 avril 2025

Par Laurent Degousée, juriste en droit du travail.
Publié le 30 avril 2025
Depuis le 15 avril, date de publication d’un communiqué de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française suivi d’un autre de la Fédération française des artisans fleuristes et désormais des prises de position des syndicats patronaux U2P et CPME, il est de bon ton de faire feu de tout bois sur l’interdiction de travailler le 1er mai.
Rappelons pourtant que, au terme de leur convention collective, les boulangeries peuvent déjà ouvrir les dix autres jours fériés légaux ainsi que tous les dimanches, la seule règle étant qu’elles observent un jour de fermeture hebdomadaire comme le boulanger – et sa femme – ont droit eux aussi de se reposer une fois par semaine, garantie que les plus grosses d’entre elles veulent par ailleurs remettre en cause. Soulignons également la présence de nombreux apprentis, souvent mineurs, au risque d’ailleurs qu’ils se détournent de cette voie de par la rudesse des conditions de travail. Pour ce qui est des fleuristes, l’application de la leur permet déjà de faire travailler du personnel ce jour-là (et pour cause !) donc leur interpellation doit, en vérité, s’apprécier comme une tentative d’acquérir le monopole de la vente des précieuses clochettes ce jour-là.
Dans ce débat, l’intérêt des consommateurs et celui commercial des entreprises sont mis en avant mais le droit au repos à cette date des centaines de milliers de salariés de ces deux branches, à l’instar de millions d’autres n’a, à ce jour, pas voix au chapitre, comme c’est tellement plus pratique de faire parler leurs employeurs à leur place… Alors que rien n’empêche ces chefs d’entreprise de mettre eux-mêmes la main à la pâte le 1er mai, ils invoquent une réglementation qui serait obsolète et source d’insécurité juridique : c’est en fait à une offensive idéologique sur le temps de travail à laquelle on assiste ces derniers jours.
Plus qu’un jour férié, un symbole
En effet, non content de vouloir nous faire travailler plus longtemps tout au long de notre vie en bloquant y compris toute possibilité de revenir, par la loi ou par la négociation collective qu’il a pourtant initiée, sur la réforme honnie de 2023, toujours majoritairement rejetée par les salariés, qui a porté l’âge légal du départ à la retraite de 62 à 64 ans, le premier ministre, François Bayrou, dans son discours alarmiste sur l’état des finances publiques le 15 avril (tiens, tiens), nous a prévenus : « Les Français ne travaillent pas assez ! » On ne sera donc guère surpris que le gouvernement, par la voix des ministres du Travail, emboîté par de nombreux parlementaires Les Républicains et David Lisnard, le président de l’Association des maires de France, ont promis à nos braves patrons qu’ils allaient faire au plus vite pour lever le frein au travail ce jour-là.
Il est vrai que le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé de notre calendrier, sauf dans les entreprises qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail, quelle incongruité ! Qui plus est, c’est un jour de manifestation qui s’est construit, à partir des luttes ouvrières de la fin du XIXe siècle, sur la revendication de la réduction de la journée de travail, là où commence le règne de la liberté, n’est ce pas Monsieur Marx ?
Revenir sur ce conquis social au motif que les cafés et les restaurants, qui doivent payer double leur personnel à cette date contrairement aux autres jours fériés travaillés, sont ouverts ce jour-là, et que la plupart des boulangeries, avec l’essor du snacking, vendent bien plus que du pain et de la viennoiserie, c’est ouvrir la boîte de Pandore, en commençant par accorder un blanc-seing aux supérettes, qui sont déjà nombreuses à bafouer la loi le 1er mai, ce que la Fédération SUD Commerces n’a pas manqué de dénoncer. On peut aussi saluer la prise de position Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui a rappelé le caractère tout sauf anodin de ce jour pour le monde du travail ainsi que la flexibilité des horaires à laquelle sont déjà soumis les salariés du commerce, un prolétariat essentiellement féminin.
Plus qu’un jour férié, le 1er mai est un symbole qu’il importe de défendre bec et ongles dans une époque où nous ne sommes pas condamnés à la régression sociale sans fin !