La situation française comme la situation mondiale est sous le choc de la guerre commerciale et du krach boursier, qui se développe, ce mercredi, en krach obligataire pour les États-Unis, où affaiblissement et violence impérialiste du trumpisme se combinent.
Nous devons insister sur un fait central : il y a eu nettement plus de trois millions de manifestants aux États-Unis samedi 5 avril, jusqu’à 6 millions disent certaines sources ; dans tout le pays ce fut un premier déferlement contre Trump, Musk, Vance, leur politique et leurs méthodes de gangsters qu’ils sont. La courbe de la situation sociale nord-américaine va vers l’affrontement alors même que les peuples ukrainien et palestinien sont menacés dans leur existence et que les peuples d’Europe sentent qu’ils vont devoir, comme c’est déjà le cas dans les Balkans, intervenir sur la scène de l’histoire.
A cette aune, la faiblesse et l’atonie des manifestations ou « journées d’action » les plus récentes en France semblent faire cruellement contraste. Mais elles s’expliquent par cette situation même. Un appel clair ou bien la réalisation par en bas d’un affrontement clair, visant à la fois l’Axe fasciste mondial Trump/Poutine et l’exécutif Macron / Bayrou / Retailleau, verrait une vraie dynamique, une vraie mobilisation. Il faut donc y travailler.
Dimanche dernier, la victoire politique, par effet du vide et/ou de la division à gauche, est revenue à Attal. Mais la relance des dépenses militaires « sans hausser les impôts » et pas du tout pour aider immédiatement et urgemment l’Ukraine, les attaques à l’évidence influencées par un Musk pour un « choc de simplification » contre les organismes publics, et même l’apologie par Attal de son « choc des savoirs » – qu’avait soutenu le RN ! – en réalité très mal en point, montrent à l’évidence que le « macronisme » de la V° République ne nous protégera pas de l’Axe fasciste, pas plus que la Commission européenne de Mme Van Der Leyen.
Il faut reconstituer la mobilisation indépendante par en bas qui avait porté le Nouveau Front Populaire, empêché le gouvernement Macron-Bardella, et réalisé la grève du 5 décembre 2024 dans l’enseignement public. De quoi y-a-t’ il besoin pour cela ? De quoi a besoin le combat contre les obstacles de la division ?
Avant tout d’une désignation frontale de l’ennemi mondial : l’Axe fasciste Trump/Poutine, et de l’explication que cet Axe ne sera pas vaincu par les gouvernants européens actuels mais par la mobilisation des peuples, comme le peuple américain lui-même nous l’a montré avec puissance en commençant à entrer en mouvement samedi dernier !
La condamnation de Mme Le Pen et de sa bande, victoire judiciaire et démocratique contre le RN et contre les mœurs de la V° République, est et doit être un point d’appui, et le sera si la lutte contre le RN, pour la défense de la démocratie, est reliée clairement à la lutte contre l’Axe fasciste Trump/Poutine, et réciproquement.
Manifester dès dimanche à Paris contre le RN, comme y a appelé Marine Tondelier, n’était pas en soi une mauvaise idée, bien au contraire. Mais la division, qui a fait ses dégâts jusque dans le rassemblement lui-même, division liée au manque de clarté dans la désignation de l’adversaire, a radicalement affaibli la riposte nécessaire.
Nous voulons la démocratie, contre la V° République et l’exécutif antidémocratique Macron/Bayrou/Retailleau. La démocratie passe par une assemblée constituante et par la prééminence du pouvoir législatif sur l’exécutif, et du politique sur l’économie, donc par une assemblée de députés mandatés, dotés d’un vrai pouvoir et pleinement responsables et donc révocables en fonction de leur mandat selon des modalités à déterminer, et par des assemblées locales ayant pleinement pouvoir d’auto-administration, et par des conseils gérant la production et la distribution. Elle exclut présidentialisme et plébiscites, qu’ils soient « révocatoires » ou non.
Mais un tel régime démocratique ne peut perdurer que par la garantie des droits et des institutions constituant la démocratie radicale en République – République sociale, démocratique et laïque : une justice indépendante c’est-à-dire ne dépendant que des lois et d’une jurisprudence transparente et objet de débat, une fonction publique aux statuts garantis, une laïcité institutionnelle dans l’État et dans l’école, et, couronnant le tout et permis par ces dispositions, la garantie des droits humains, sociaux et environnementaux fondamentaux.
Toute l’histoire du XX° siècle oblige les partisans de la démocratie radicale, celle des constituantes imposées par en bas et des premiers soviets, à se faire les défenseurs des normes juridiques et à reprendre tout l’acquis historique du droit.
La responsabilité des élus en fait donc, pleinement et dans l’égalité des droits, des justiciables. Ce principe central est précisément celui que remettent en cause centralement les Trump, Poutine, Netanyahou, Erdogan, Milei, Bolsonaro …
Toute ambiguïté, telle que cultivée par un J.L. Mélenchon, sur ces questions démocratiques, affaiblit le combat pour la démocratie et donne matière et prétexte à la division.
Le combat pour le droit et le combat contre l’Axe fasciste Trump/Poutine, le combat contre le RN et contre la V° République en France, se rejoignent étroitement. Les dissocier, c’est y renoncer.
C’est pourquoi, après le ratage de ce dimanche, Aplutsoc appelle à appuyer les rassemblements et manifestations de samedi prochain 12 avril, lancés par diverses organisations dans un « appel de la société civile pour la défense de l’État de droit », dont la Ligue des Droits de l’Homme, la CGT, la FSU, Solidaires, l’Union Étudiante, l’UNEF, le Collectif National pour les Droits des Femmes, le RAAR, Golem … dans lesquels et pour lesquels la bataille pour l’unité sur des bases claires va à nouveau se dérouler et pourra remporter plus d’une victoire locale et dans tout le pays, condition pour de vraies mobilisations.
Les prochaines luttes sociales et bien entendu le 1° mai ont besoin d’une telle perspective.
De la même façon, un regroupement tel que le RESU (Réseau Européen de Solidarité avec l’Ukraine) qui a encore réalisé un travail d’information, de mobilisation et de liens unitaires considérable au regard de ses forces militantes pour la manifestation de samedi dernier 5 avril, ne peut pas se tenir pour satisfait de l’état actuel de la solidarité avec le peuple ukrainien. En fait, la signature par l’intersyndicale (sauf FO) d’un appel à cette manifestation, combinée à la quasi-absence ou la totale absence de la plupart des organisations syndicales dans la manifestation elle-même, est à présent un problème : un appel unitaire ne saurait être un alibi pour faire croire que l’on agit. Cette manifestation, combative mais réduite, fut suivie du rassemblement de solidarité avec les manifestations aux États-Unis : il est évident que les deux auraient pu et dû se regrouper.
Car la défense du peuple ukrainien et l’exigence qu’on lui envoie des armes, tout de suite, pour repousser l’impérialisme russe dont Trump est le complice, constitue la pointe avancée, dans la lutte des classes en France, de ce combat pour dégager la voie à la lutte frontale contre l’Axe fasciste Trump/Poutine et rouvrir les vannes de la lutte sociale et démocratique dans ce pays. Un regroupement tel que le RESU aurait donc par exemple toute sa place dans les manifestations contre le RN et pour l’indépendance de la justice, sortant de son cadre habituel et portant, dans la vie et les combats directs « nationaux », l’exigence de cet affrontement.
De Washington à Moscou en passant par Paris :
- Hands off !
- Bas les pattes, Trump/Poutine/Le Pen !
- Indépendance de la justice et jugement des tyrans et des corrompus partout !
Le 09/04/2025.
Sans oublier le génocidaire (et antisémite) Netanyahu, soutenu activement par les Etats occidentaux (le fameux « deux poids deux mesures »), dans l’axe Trump/Poutine (qui lui n’est pas soutenu par l’UE, à la différence du fasciste israélien).
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Et où donc le cas Netanayahou serait-il oublié ? Netanayahou soutenu par Trump … et par Orban, donc par Poutine, lorsqu’il se ballade en Hongrie sans avoir à s’inquiéter du mandat d’arrêt délivré par la CPI …
Au fait, Macron a annoncé une (bien timide) intention de reconnaitre un Etat palestinien…
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État de droit ou État des droits des travailleurs ? ( D.Gluckstein)
„Au risque de contrarier ceux qui, de l’extrême droite à l’extrême gauche, s’en réclament, l’État de droit est une mystification. Selon le site du gouvernement, cette expression désignerait « un État dans lequel la puissance publique est soumise aux règles de droit ». Soit. Mais dans État de droit, il y a État, lequel n’est pas neutre.
L’État est né historiquement comme instrument de la domination d’une classe sociale sur les autres. Il a pour mission aujourd’hui de garantir le bon fonctionnement du système capitaliste et la répartition toujours plus inégalitaire du revenu national. Les « règles de droit » – auxquelles il se soumet, paraît-il – sont dictées par la propriété privée des moyens de production : priorité absolue aux profits patronaux et aux dividendes des actionnaires.
Tout au long des siècles écoulés, la lutte de classe des exploités et le combat démocratique ont contraint l’État des exploiteurs à reconnaître d’autres droits. En particulier le droit de grève et la liberté d’organisation indépendante des travailleurs (syndicale notamment) qui constituent autant de bastions de démocratie ouvrière incrustés dans l’État au service de la lutte contre les exploiteurs que ce dernier est chargé de protéger.
L’État n’a donc pas pour fonction la reconnaissance de droits en général, mais la défense des droits de la classe dominante. Même si, parfois, il peut être amené à concéder à la classe ouvrière des droits limités afin de contenir sa résistance dans le cadre du régime de la propriété privée des moyens de production.
À partir de ce seul critère, les capitalistes n’hésitent pas à faire varier les contours de ce qu’ils appellent État de droit selon leurs besoins. Faut-il rappeler que l’actuel régime politique de la Ve République est né d’un coup d’État, d’un viol de l’État de droit précédent, celui de la IVe République ? Un nouvel État de droit a donc été imposé par la force du coup d’État renversant le précédent.
Que la classe capitaliste et ses représentants politiques tentent de camoufler leur société de barbarie, de guerre, de misère et de surexploitation sous le vocable d’État de droit, d’apparence neutre et respectable, on comprend dans quel but ils le font.
Mais quel objectif poursuivent les dirigeants d’organisations ouvrières et de partis de gauche en alimentant cette mystification ? La classe ouvrière ne doit se laisser ni duper ni entraîner sous le drapeau du prétendu État de droit. Sa tâche est de défendre les droits ouvriers et démocratiques et les libertés que son combat de classe indépendant a arrachés.
Cela suppose de combattre les institutions antidémocratiques et d’injustice sociale. L’objectif est d’abattre la Ve République antidémocratique et d’instaurer une République de justice sociale qui rompe avec le capitalisme fondé sur la propriété privée des moyens de production.
Restituer les richesses de la nation à ceux qui les produisent, restituer les moyens de production aux producteurs eux-mêmes : telle serait la priorité d’un État des droits des travailleurs se libérant de l’exploitation.“
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Ce prêche de l’évêque Gluckstein (alias Seldjouk alias Abel) se veut, indubitablement, « marxiste », énumérant sous forme de truismes un chapelet de choses bien connues indépendamment de lui : que l’Etat est une forme sociale liée à l’existence de classes exploiteuses et de classes exploitées, et que le droit est fonction des rapports de force entre les classes qui font qu’il est d’abord le droit de la classe dominante, quoique – et là notre prêcheur risque de se contredire et n’insiste donc pas trop – qu’il puisse intégrer des résultats de la lutte des exploités et opprimés.
Il se trouve que c’est le cas de « l’Etat de droit », imposé contre l’arbitraire royal puis renouvelé contre les formes bonapartistes et fascistes d’Etats bourgeois – car ce que notre « marxiste » a soigneusement gommé ici est que dans le « marxisme » il y a plusieurs formes d’Etat, celle de la République démocratique étant à la fois sa forme finale et la forme, l’appareil bureaucratique et militaire de l’Etat étant détruit, de la domination prolétarienne appelée à lui succéder.
La catégorie d’ « Etat de droit » intègre un ensemble d’éléments qui, tous, constituent des points d’appui pour le combat des exploités et des opprimés qui n’ont nul intérêt à l’abolition de la démocratie mais qui visent sa pleine et entière réalisation. En voici une énumération sommaire : la forme du droit écrit et de la loi écrite, publics et soumis à débat public, nécessaire pour tout acte public, force dite publique comprise ; la déclaration des droits fondamentaux devant être garantis ; la laïcité de l’Etat et de l’école ; l’indépendance de l’appareil judiciaire envers le pouvoir exécutif et la direction de l’Etat ; les franchises universitaires ; la liberté d’expression, d’organisation, de grève, de pétition, de manifestation ; les libertés syndicales et l’indépendance des organisations syndicales envers l’Etat ; une presse et des médias libres et non monopolisés ; la protection des connaissances scientifiques validées par le consensus des chercheurs et intégrées à l’enseignement public et laïque …
Chacun de ces éléments pourrait faire l’objet d’un prêche de l’évêque Glucskstein, nous récitant que tout cela sert la bourgeoisie et que, dans la pratique, nous n’en profitons pas.
En réalité, la lutte des classes des prolétaires, en tant que lutte politique, ce qu’elle est fondamentalement, se développe jusqu’au bout en tant que lutte pour que la majorité, le prolétariat, profite et use de toutes ces composantes de « l’Etat de droit ».
Et c’est cela, la position marxiste, en tout cas celle de Marx : la réduire à la récitation du bréviaire sur l’Etat qui serait par essence bourgeois, n’est que du cléricalisme petit-bourgeois.
Et du cléricalisme petit-bourgeois en dernière analyse contre-révolutionnaire. Car quel était le but de ce prêche de l’évêque Glucskstein, édito de la « Tribune des Travailleurs » ? Le but était de s’opposer à la réalisation de l’unité dans les manifestations de défense de l’Etat de droit contre Marine Le Pen, au moment précis où un Bayrou, « troublé », veut échapper à l’Etat de droit à propos de Betharam, où un proche de Macron, Kohler, ne veut pas répondre à une convocation à l’Assemblée nationale, où un ancien président de la V° République, Sarkozy, veut échapper à l’Etat de droit punissant le système de corruption d’Etat international dont il bénéficiait.
Non seulement c’est là s’opposer à la mobilisation démocratique indépendante du mouvement ouvrier contre Le Pen et la V° République, mais c’est s’opposer à la dénonciation de ceux qui, à l’échelle mondiale, veulent ouvertement et centralement détruire l’Etat de droit, les conquêtes démocratiques : Trump, Poutine, Netanyahou, Orban, Milei, Meloni … tous engagés dans des batailles institutionnelles centrales contre l’Etat de droit (leur parrain commun, Poutine, les ayant pour sa part gagnées depuis des années).
Ce type de prêchi-prêcha couvre le basculement dans l’union sacrée avec les principales forces du capital impérialiste aujourd’hui. Rappelons d’ailleurs qu’au moment des Gilets jaunes, fin 2018, notre saint évêque Glucsktein communiait avec les directions syndicales dans la défense de … « l’Etat de droit » contre ces secteurs massifs du prolétariat qu’il traitait de chemises brunes, se portant aux avant-postes de la protection de l’Etat !
Au passage, remarquons que cette orientation hostile aux manifestations démocratiques de défense de l’Etat de droit rejoint, sur le terrain, celle de J.L. Mélenchon et du POI qui ne voulaient pas des manifestations du samedi 12 décembre, tentant de freiner la participation de LFI qui a souvent été contrainte, ou qui s’est laissée volontiers entrainée, selon les situations locales, à y participer.
Il n’est pas inintéressant de voir là comment le dogmatisme petit-bourgeois antidémocratique de l’évêque Glucsktein rejoint pratiquement le populo- bonapartisme de la garde prétorienne de ses frères ennemis du POI autour de Mélenchon.
VP.
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