Les journalistes ont fait le rapprochement du renversement du gouvernement Barnier avec celui de Pompidou en 1962. Mais cela n’a strictement rien à voir. On n’explique absolument pas pourquoi le parlement, en 1962, avait déclenché le 49,3.

Reprenons.

En 1958, à la suite de son coup d’État (en instrumentalisant la peur des militaires factieux du 13 mai), de Gaulle a besoin de la SFIO et des radicaux (et à la marge du PCF) ; il fait donc passer sa Constitution assortie de la fin de la Guerre d’Algérie. La plupart des gens veulent en finir avec la Guerre d’Algérie (on ne parle pas encore d’Indépendance et le président de la République est encore élu par un collège de parlementaires).

Dès lors, comme ses adversaires sont « à la ramasse », il peut passer à la seconde étape : désigner un monarque républicain comme président (son obsession depuis le discours de Bayeux, ce qu’il avait confirmé en aparté à Pompidou suite à son entrevue avec le Comte de Paris). Cela aurait évidemment été impossible en 1958. Radicaux et socialistes s’y seraient violemment opposés.

Après, c’est la cuisine politique :

  • 5 octobre 1962, le gouvernement Pompidou tombe avec le 49-3, suite à sa proposition de faire passer l’élection du président par suffrage direct. Pompidou présente sa « démission » aussitôt refusée par de Gaulle.
  • 9 octobre 1962, de Gaulle dissout l’Assemblée (il remportera ensuite la majorité avec un score légèrement diminué)
  • Plébiscite du 28 octobre 1962 (les médias mentent effrontément  en expliquant que ce sera « comme aux USA » alors qu’aux USA c’est un suffrage indirect).

Conclusion : curieusement personne ne rappelle (que je sache) ce déroulement qui est au centre du système antidémocratique imposé par de Gaulle et qui parachève son coup d’État de 1958 : l’élection d’un Bonaparte tout-puissant.

En 1962, c’est une offensive contre la démocratie parlementaire, pour imposer un système régalien ou bonapartiste. En 2024, c’est une opération défensive minable pour essayer de « tenir » à tout prix contre les salariés et la jeunesse. De Gaulle à l’époque avait toutes les cartes en main. Macron est totalement démuni : c’est lui-même qui s’est piégé, et cherche une issue entre quatre murs.

F. Pallarés Aran, le 10/12/2024.

Note annexe : lors du vrai-faux coup d’État du 23 février 1981 (« el 23-F ») à Madrid (où le roi Juan Carlos devient le « Sauveur » de la démocratie post-franquiste), son artisan, le général Armada, donne comme nom de code à la manœuvre : « operación de Gaulle ». Il se fait que le général Armada, en 1958, suivait des cours de formation entre officiers supérieurs espagnols et français à l’école de guerre de Saint-Cyr. Il avait trouvé admirable le jeu politique de de Gaule, d’où…..