Les mobilisations contre les « plans sociaux » ou les « plans d’aide à l’emploi », autrement dit les plans de licenciements massifs, sont toujours difficiles dans la lutte des classes, et c’est normal : les patrons sont à l’initiative et les travailleurs sont placés dans la concurrence pour la survie, à la fois individuelle et entre boites.

Mais là n’est pas la raison principale pour laquelle les rassemblements qui ont commencé, principalement à l’initiative de la CGT, comme par exemple à Montluçon le samedi 23 novembre, peinent à mobiliser.

En effet, les travailleurs directement concernés par les licenciements annoncés réagissent spontanément et, on peut le dire, avec leurs tripes : à l’usine Michelin de Cholet ou chez Auchan, ils débrayent spontanément et ils tentent d’occuper leur lieu de travail.

Les organisations syndicales et aussi les personnalités politiques du Nouveau Front Populaire se déclarent solidaires et viennent parfois les saluer. Mais ils les saluent comme des victimes, ce qu’ils sont, certes, mais il serait possible de faire de leur réaction immédiate le point de départ de la contre-attaque véritable. Mais ceci serait d’emblée très « radical », pour ne pas dire révolutionnaire.

En effet, leur survie pose deux questions sous une forme concrète immédiate. La question de la propriété privée : empêcher le capital de fermer l’usine en occupant l’usine, donc en la prenant puisque le capital, son propriétaire, veut la liquider. Et la question du pouvoir politique : quel gouvernement va mettre sous séquestre les entreprises qui licencient ?

Que font nos organisations ? Elles se contentent de saluer bien bas les victimes, et, boite par boite, elles entreprennent de négocier les conditions du « plan social » : nombre de postes supprimés, primes de départ, reclassements éventuels, etc. En même temps, au niveau confédéral et national, elles organisent des rassemblements plus ou moins combatifs, plus ou moins funèbres, qui demandent à ce  gouvernement là des moratoires et des « tables rondes », ce à quoi personne ne croit. Entre les deux niveaux, celui de l’entreprise et le niveau général, les fédérations ne font pas grand-chose.

Et les militants se plaignent que, par exemple, les ouvriers et cadres de Michelin à Clermont-Ferrand sont durs à « bouger » pour leurs collègues de Cholet et de Vannes. Mais pour cela, il faudrait un objectif clair : l’arrêt total de tous ces plans de licenciements, et un soutien prenant les réactions spontanées des usines immédiatement concernées non comme des cris du cœur auquel on rend hommage, mais comme le départ de l’action véritable se saisissant des outils de production. A partir de là, la convergence avec le mouvement qui sourd dans la fonction publique pour en découdre avec Kasbarian et son gouvernement serait beaucoup plus naturelle.

Contre des plans de licenciements, plus que tout, la voie de la victoire est celle de l’affrontement central sans avoir peur de renverser gouvernement et pouvoir exécutif. « Toute lutte de classe est une lutte politique » (Marx, 1846). C’est cela le B-A-BA du succès revendicatif !