Le sentiment dominant à la base suite à la réélection de Y. Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale est l’amertume.

Il ne faut cependant pas s’étonner de la coalition formée par les ci-devant macroniens et la « Droite républicaine ». Certes, elle manifeste le plus grand mépris des électeurs, mais elle n’est pas « contre nature » comme l’a déclaré André Chasseigne : elle repose sur la peur sociale, que partagent les dirigeants du RN. De Macron à Le Pen en passant par Wauquiez, ils ne veulent pas d’un gouvernement du NFP, non pas parce que ce serait le gouvernement Tubiana ou Tartempion, mais parce que la base sociale dans le pays voit en lui le gouvernement de la hausse des salaires, de l’abrogation de la contre-réforme des retraites et de l’arrêt de la casse de l’école publique et de la santé publique.

La « Droite républicaine », conduite maintenant par l’ultra-réactionnaire Laurent Wauquiez, est ce qui reste du plus vieux « parti » (plutôt une camarilla) de la V° République, avec la faction de son président Ciotti, exclu, qui a constitué un groupe allié au RN dans cette Assemblée. Une majorité relative de son électorat a voté RN au second tour des législatives. Elle propose un « pacte législatif » aux ci-devant macroniens sur un programme de réaction antisociale et antidémocratique.

Et les scores successifs d’André Chasseigne aux trois tours du scrutin parlementaire – 200 voix, en tête au premier tour, puis 202 et finalement 207, contre 220 à Braun-Pivet –, le nombre de députés NFP ou apparentés repérés étant de 193, indiquent l’état de crise profonde de la représentation politique parlementaire, qui n’a plus aucune direction légitime dans l’exécutif présidentiel ou gouvernemental.

La vraie question est : qu’est-ce qui peut permette ce soir à Macron d’envisager la nomination d’un gouvernement prétendant être issu du bloc parlementaire formé aujourd’hui sur le vote pour Y. Braun-Pivet ?

Si le NFP avait rapidement exigé de Macron la nomination d’une ou d’un premier ministre choisi par lui, le rapport de force serait différent, même si le perchoir n’avait pas été conquis.

C’est l’opposition entre LFI et PS qui lui a donné le délai qu’il réclamait. Mais on ne peut renvoyer dos-à-dos ces deux forces politiques. Le PS veut aller à Matignon. LFI veut aller aux présidentielles de 2027. Ceci induit des comportements différents : en tentant d’imposer pratiquement par la contrainte la candidature Bello, tout aussi macro-compatible en vérité que celle de L. Tubiana, puis en claquant la porte et en faisant dépendre la suite des discussions de l’élection d’un président NFP à l’Assemblée nationale, c’est bien la direction de LFI qui a fait le jeu de Macron et de la V° République. Il faut apprendre à juger sur les faits et pas sur la « radicalité » exhibée.

Pour la base sociale et électorale du NFP, et plus largement pour la majorité populaire de ce pays qui a rejeté les contre-réformes antisociales de Macron, la question n’est ni celle du premier ministre, ni celle de 2027. Elle est celle, immédiate, des revendications sociales et de la démocratie.

Ce qui fermente, dans le pays, avec les milliers de petites réunions, parfois plus grandes, qui se sont tenues aujourd’hui, suite aux appels syndicaux et à des initiatives locales, c’est l’auto-organisation de la pression populaire, contre Macron et le RN, ayant vocation à regrouper la population, à exercer sa vigilance sur les dirigeants du NFP, et ce qui se dessine en perspective, ce ne doit plus être des élections présidentielles avec le RN au second tour, mais une assemblée constituante imposée démocratiquement par la société mobilisée.

Aperçu du rassemblement à l’appel de la FD CGT Cheminots ce jeudi 18 juillet à République (Paris).

De nombreuses organisations CGT ont envoyé des délégations, mais on comptait aussi des drapeaux ou des banderoles SUD/Solidaires ou FO ou FSU. Ont pris la parole, outre un représentant de la FD Cheminots, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, Patrick Beaudouin pour la LDH, une représentante d’Attac…