Pendant que ses “opposants” de droite et de gauche font mine de n’avoir entendu dans les propos de Macron hier que l’envoi de Mirages 2000 en Ukraine et annoncent que la France entre en guerre (ignorant généralement le fait que la Russie y est entrée), le passage clef de ce qu’a dit Macron passe à la trappe. Il donne le cadre des Mirages 2000.
Le voici : « La seule paix que nous défendons est une paix négociée par les deux parties et qui respecte le droit international et fait une place au Donbass.
La paix doit arriver par le biais d’une négociation mais ce moment n’est pas encore là car la Russie continue d’avancer. La paix ne pourra arriver que si l’Ukraine peut résister… »
La ligne c’est donc : stopper les avances russes qui deviennent une menace non seulement pour l’Ukraine, mais pour la Moldavie, les pays baltes et la Pologne, ces derniers étant membres de l’OTAN et de l’UE, et pour cela admettre que l’Ukraine doit pouvoir frapper des bases aériennes russes en Russie, mais pas question d’une défaite du régime russe pouvant produire sa chute.
Il s’agit d’arriver à une négociation qui, notons bien ces mots sibyllins, fasse “une place au Donbass”. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire si ce n’est la cession à l’occupant d’une partie du Donbass ? Et donc d’imposer ceci à l’Ukraine ?
Tout indique de nombreux contacts en coulisse visant à préparer cette “issue” qui n’en sera pas une, et qui, du point de vue des gouvernants, laisse d’ailleurs ouverte la question de la Crimée et de la mer Noire.
L’issue dont Macron et Biden comme Trump et Poutine ne veulent pas est celle où la résistance nationale ukrainienne défera les troupes russes et où la crise, par l’armée, par la société civile, par les nationalités non russes, déferlera sur la Russie avec les exigences démocratiques. C’est pourtant cela l’issue qui assure réellement la paix. Sauf qu’en fait, c’est là la paix par la révolution. Et ils n’en veulent pas.
C’est pour elle – la paix par la victoire ukrainienne, la chute de Poutine et le printemps des peuples – que l’internationalisme doit se recomposer et sortir du marécage où l’on côtoie les tenants du “monde multipolaire”, c’est-à-dire de l’ordre impérialiste contemporain.
Bien entendu, le président ukrainien Zelenski n’a relevé publiquement aucune des pressions véritables et des contradictions délibérées du discours et de l’orientation de Macron. Son passage au parlement a été boycotté par la grande majorité des élus LFI et une grande partie des élus RN, ainsi que beaucoup de députés LR. Ce boycott a été, dans son contenu politique, défini dans un appel du député POI/LFI Jérome Legrave dont il faut bien comprendre la fonction politique clef. Après un faux renvoi dos-à-dos de Poutine et de Zelenski (en gros : Non, Zelenski n’est pas le bienvenu en France, en petit : Et Poutine ne le serait pas non plus) il exige l’arrêt de toute aide à l’Ukraine, le « cessez-le-feu immédiat » et la « réaffectation des 413 milliards de la loi de programmation militaire aux écoles et aux hôpitaux ! ».
Comprenons bien que le mensonge du POI/LFI, que l’on retrouve au PCF ainsi qu’au RN (et à Reconquête, chez Philippot, Asselineau, Kuzmanovic, LO, le PT, la FSM …), conforte le mensonge de Macron et conforte donc Macron, dans un jeu politicien de dupes où tous sont complices dans le mensonge, au compte de la préservation du régime de la V° République en France et de l’ordre impérialiste multipolaire international.
En effet, les 413 milliards (d’ici 2030) de la loi de programmation militaire ne sont absolument pas destinés à l’Ukraine, qui a reçu réellement à ce jour au grand maximum 1 milliard d’aide militaire française. Ces mensonges font le jeu de l’opération de Macron surjouant la guerre potentielle avec la Russie et un soutien à l’Ukraine en réalité au compte-goutte, bien inférieur à ce qu’ont été, par exemple, toutes les interventions militaires impérialistes de la France en Afrique.
Mensonges encore, quand le POI écrit que Zelenski, « qui n’est pas le bienvenu en France », a interdit des « partis d’opposition » (en fait, des officines oligarchiques liées à Moscou) et qu’il réprime « les syndicalistes » : les syndicalistes ukrainiens, FPU, KVPU, Sois comme Nina, Zakhist Pratsi, les mineurs du NGPU-KVPU organisés dans l’armée, les organisations de soldats naissantes avec, d’abord, les femmes soldates et les LGBT soldats, luttent contre la politique patronale et néolibérale du gouvernement Zelenski et contre l’invasion russe en demandant les armes qu’appelle à refuser le POI.
Les mensonges du POI, au compte de l’ordre impérialiste mondial, s’inscrivent dans une filiation : celle des mensonges staliniens contre les travailleurs soulevés en Europe de l’Est au XX° siècle. Ils mènent à une exigence : le cessez-le-feu immédiat, c’est la cession définitive de la partie occupée du Donbass et du Sud de l’Ukraine, et de la Crimée, à Poutine, c’est la russification, l’épuration ethnique contre Ukrainiens et Tatars, les déportations, les enlèvement d’enfants, la torture, les viols. C’est pour cela que se prononcent dans les faits le POI/LFI et tous les tenants du « cessez-le-feu immédiat », rejoignant en fait Macron et Biden dans la pression pour une paix négociée abandonnant le Donbass !
Le cadre politique ainsi donné, le plus clairement, par le POI/LFI, se retrouve dans le discours d’un Fabien Roussel, qui accuse Zelenski d’avoir « appelé à la troisième guerre mondiale », comme dans celui de Marine Le Pen, qui accuse, elle, Macron, en épargnant Zelenski (cette stipendiée de Poutine peut se permettre de laisser cette fonction à LFI, au POI, au PCF, à LO, au PT et autres FSM), d’avoir « envie d’une guerre », et bien entendu dans le boycott anti-ukrainien des députés LFI conduits par Mathilde Panot. Ainsi, tous accréditent la légende selon laquelle Macron voudrait faire la guerre à Poutine, aidant ainsi à la réussite de l’opération pré-électorale de celui-ci ! Ainsi, deux ailes impérialistes théâtralisent leur opposition alors que la préservation du régime poutinien, que les uns veulent contenir et que les autres protègent immédiatement, constitue leur socle commun !
L’intérêt du monde du travail et de la jeunesse n’est ni dans l’impérialisme multipolaire des poutiniens ouverts ou masqués, ni dans la fuite en avant macronienne visant à faire ré-émerger en Europe un impérialisme français bien démonétisé, la fausse confrontation des deux étant la plus sure couverture à la poursuite de la politique antisociale en France, celle du « choc des savoirs », de la violence coloniale en Kanaky, et de la préservation du régime de la V° République.
Dans le scrutin de dimanche et surtout au-delà de celui-ci, par la lutte des classes directe, la voie de la démocratie réelle est celle que recherche l’immense majorité : en France, elle signifie affrontement avec Macron et avec le RN, contre le régime de la V° République, en Europe elle signifie soutien internationaliste sans faille à la résistance armée de l’Ukraine pour infliger une défaite à l’impérialisme russe ouvrant la voie à la destruction du régime poutinien.
C’est la voie de la démocratie et de la révolution. Les mensonges symétriques des uns et des autres en cette veille du scrutin européen dessinent la voie de la contre-révolution et de la barbarie impérialiste.
OD, FG, VP, le 07/06/2024.
Document : le communiqué doublement social-impérialiste du POI, venant au secours conjointement de Poutine et de Macron.
