L’AG mensuelle d’Aplutsoc du 2 avril dernier a décidé d’ouvrir une discussion publique sur les élections européennes fixées en France au dimanche 9 juin prochain et, pour ainsi dire, de « mettre tout le monde à l’aise » en posant trois remarques générales afin de l’engager.

Premièrement, si nous en sommes aujourd’hui à traiter ainsi de cette question, c’est surtout parce que Macron a été protégé de fait par les directions syndicales nationales d’une part, par toutes les composantes de la « NUPES » d’autre part, lors de la montée générale vers un affrontement social central dans le mouvement de défense des retraites du printemps 2023.

Ce mouvement a fait suite aux Gilets jaunes et au précédent mouvement de défense des retraites de fin 2019. Les mobilisations actuelles contre le « choc des savoirs », agression contre la jeunesse et l’école publique, soulèvent les mêmes questions. Notre réflexion sur les élections européennes part de cette préoccupation : affronter le pouvoir central de la V° République qui s’appelle toujours Macron.

Deuxièmement, il est exclu qu’il y ait indifférence des larges masses envers ce scrutin. Une abstention massive est fort possible, mais ce n’est pas la même chose. De manière spontanée, souvent simple et au fond sainement, les larges masses ont souvent moins de croyances préconçues que les couches militantes. Elles ne sont pas idiotes et leur naïveté n’a rien d’aveugle. Elles saisissent l’importance des questions internationales. Ukraine, Palestine, crise biogéoclimatique, menace de Trump, les préoccupent. Elles saisissent la réalité du cadre international des problèmes auxquels elles sont confrontées.

Les larges masses, et non pas seulement les couches militantes « qui savent » (et qui trop souvent savent des leçons toutes faites devenues obsolètes), ont besoin d’analyses et de points d’appui sur la question qui, dans les cadres politiques existants, est la plupart du temps évacuée, tue ou exorcisée par des mantras « pacifistes » : celle de la guerre qui vient.

Troisièmement, s’il est une croyance propre aux couches militantes qui ne correspond en rien à la réalité, c’est celle qui voudrait qu’il y ait une « gauche de combat » versus une « gauche libérale », selon les mots de ceux qui disent préférer la première, ou une « gauche responsable » versus une « gauche tribunicienne » selon les mots de ceux qui disent préférer la seconde. Tous les courants de la « gauche », de l’ « extrême-gauche » et de « l’écologie politique » en sont au même point en ce qui concerne leur opposition au mouvement réel des larges masses tel qu’il est, cherchant à s’unir, se généraliser et se centraliser pour affronter le pouvoir central de l’État. Tous, quels que soient les grigris, les mots, les habitus, participent de la reproduction de l’ordre existant, tout en connaissant des contradictions du fait que des couches sociales cherchent inévitablement à prendre appui sur eux à tel ou tel moment.

En clair : l’éventualité d’une énième résurrection, réelle ou apparente, du phénix « social-démocrate » de ses cendres, ne signifierait aucun « glissement à droite ». Pathétique, tout de même, est le spectacle du NPA (Besancenot) persistant à vouloir le succès électoral d’une « gauche de combat » assimilée à LFI après que celle-ci l’a viré pour une raison qui n’a rien d’un prétexte contrairement à ce que veulent se faire croire des militants plus idéologues qu’internationalistes : l’Ukraine !

Les trois remarques faites ici ne sont ni une analyse, ni une consigne, ni une orientation. Juste trois pavés dans la marre pour engager le débat, à l’aise !

Le 06/04/2024.