Partager :
- Cliquer pour partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
- Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
- Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp
- Cliquer pour envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail
- Cliquer pour partager sur Bluesky(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Bluesky
- Cliquer pour partager sur Mastodon(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Mastodon
- Cliquer pour imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer
Défendre la démocratie les armes à la main
Par Mariana Sanchez et Patrick Silberstein
Jeudi 14 Décembre 2023, le Maltais Rouge, à Paris, accueillait une soirée organisée conjointement par le comité français du Réseau Européen de Solidarité pour l’Ukraine (RESU) et Ukraine Comb Art. Cette rencontre placée sous le signe de l’action solidaire internationale et de l’émotion a permis, en visioconférence en direct depuis l’Ukraine, à Alexandre Butkevych, le père de Maksym Butkevych, et à Tetiana Pechonchyk, du centre pour les droits humains Zmina, d’évoquer le parcours et le sort de Maksym Butkevych et des autres prisonniers.
Après une brève introduction d’Anne Le Huérou, et grâce à la traduction simultanée de Louise Henry, que nous ne remercierons jamais assez, Alexandre Butkevych a pris la parole pour rappeler que son fils, inlassable défenseur des droits humains et des migrants et antimilitariste de toujours, s’était engagé dans l’armée, parce que les circonstances l’avaient obligé à défendre la démocratie les armes à la main.
Tetiana Pechonchyk a d’ailleurs souligné que, tout en étant sous les drapeaux, Maksym Butkevych avait contribué à faciliter l’accueil de réfugiés ukrainiens dans plusieurs villes de France. Si Maksym Butkevych est, a-t-elle rappelé, le plus célèbre des prisonniers de guerre, il est également la « victime d’un des innombrables procès truqués dont le régime du Kremlin a le secret.
Condamné à trize ans de détention dans une colonie pénitentiaire à régime sévère, Maksym Butkevych avait disparu le 23 août 2023, après la confirmation de la sentence édictée par un tribunal fantoche en territoire occupé, à Louhansk, par une cour d’appel de Moscou. Malgré la mobilisation et les interventions diverses, personne ne savait depuis où il était. Coutumière du non-respect des conventions de Genève, la Russie ne donne aucune information sur les personnes, militaires ou civils, qu’elle détient et a fortiori sur ceux qu’elle kidnappe. Elle viole y compris ses propres lois puisque, par exemple, selon le code pénal russe, une fois la condamnation prononcée, dans les dix jours de son arrivée à son lieu de détention, le détenu doit pouvoir communiquer avec sa famille.
Le 5 décembre 2023, l’avocat de Maksym Butkevych a enfin été informé du lieu de détention, un pénitencier à régime sévère installé à une cinquantaine de kilomètres de Louhansk, en territoire occupé. Cependant, la loi martiale régnant dans le pénitencier, les lettres et les visites sont interdites. Les lettres qui ont été envoyés a Maksym Butkevych sont revenues avec le tampon « communication interdite ». Il y aura peut-être une exception pour une visite du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), a dit Alexandre Butkevych.
Tatiana Pechonchyk a ensuite indiqué que les territoires provisoirement occupés sont une terre de prisons et de centres de torture, cent quatre lieux ont été répertoriés, « il y a une blague qui circule chez nous, selon laquelle les prisons sont les premières infrastructures construites par la Russie dans les territoires occupés ».
Évoquant le travail du centre Zmina, entamé dès l’annexion de la Crimée en 2014, elle a rappelé que le procureur général d’Ukraine avait d’ores et déjà sur son bureau plus de cent mille dossiers pour des crimes de guerre. Dans les zones libérées de l’occupation russe, le centre Zmina recueille les témoignages des ukrainiens arrêtés, « quatre-vingt-cinq pour cent d’entre eux ont déclaré qu’ils ont été battus ou torturés, simulacres d’exécution, supplice de la baignoire, bastonnades, électricité, viols et castrations ».
Revenant sur le cas de Maksym Butkevych, Alexandre Butkevych a rappelé que ni son fils ni son unité n’étaient présents dans la région au moment des faits qui lui sont reprochés, « c’est proprement ahurissant, ils ne s’embêtent même pas à rendre crédibles leurs propres fabrications ».
Alexandre Butkevych a insisté sur les objectifs de guerre de l’Ukraine. Le pays se bat pour sa propre survie, évidemment, mais il combat aussi un nouveau type de fascisme, « le régime de Vladimir Poutine est une menace contre la démocratie en Europe et dans le monde ». Alexandre Butkevych nous a rappelé que, à la veille du déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine avait déclaré que la Russie n’avait pas de frontières, ce qui revient à dire que c’est lui qui établit les frontières où il veut et que c’est lui qui décide où il s’arrête.
Tatiana Pechonchyk a dit que la démocratie doit être armée. Nous sommes en plein dans les problèmes soulevés par les faiseurs de rois qui, des trumpistes américains aux apprentis fascistes hongrois et slovaques, veulent couper les vivres à l’Ukraine. Elle dénonce l’impuissance de l’Organisation des Nations Unies (ONU), dans laquelle la Russie est membre du conseil de sécurité avec droit de veto alors que ses propagandistes parlent à la télévision de réduire les capitales européennes en poussière. Elle rappelle le sort de la Société Des Nations (SDN) dans les années 1930 et elle demande si l’ONU va subir le même processus.
Ayant appris la décision prise par l’Union Européenne, malgré Viktor Orban, d’ouvrir les négociations pour l’adhésion de l’Ukraine, et alors que la capitale ukrainienne est de nouveau soumise à d’intenses bombardements, Tetiana Pechonchyk évoque le moment historique qui devrait desserrer l’étau de la Russie de Vladimir Poutine.
Alexandre Butkevych et Tatiana Pechonchyk concluent en rappelant que, il y a quelques années, Maksym Butkevych et ses amis avaient milité pour la libération du cinéaste Oleg Sentsov et du syndicaliste Alexandre Koltchenko, prisonniers des russes en Crimée dès 2014. Les actions et les manifestations avaient fait reculer le pouvoir russe et les deux prisonniers avaient été libérés, « maintenant, ils défendent l’Ukraine les armes à la main et ce sont eux qui se battent pour la libération de Maksym Butkevych ».
Ils sont persuadés que Maksym Butkevych sera bientôt libéré, grâce à l’action citoyenne. C’est à nous, sur le troisième front international, comme le répètent nos camarades ukrainiens, de tout faire pour la libération de Maksym Buktevych et des autres prisonniers et pour la victoire de l’Ukraine, pour une paix juste et durable.
J’aimeJ’aime