Le massacre des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 provoqua un véritable choc et une horreur profonde dans le monde entier. Il y eut une sympathie considérable pour Israël à la suite de cette tragédie. Ce ne fut pas le cas du Socialist Workers Party (SWP) aux États-Unis. Leur réponse à l’attaque terroriste a été de prétendre que les « vraies victimes » étaient les Palestiniens. Pour les partisans du Parti socialiste (SP-USA – cf note 1), le SWP avait franchi une ligne rouge. Une campagne nationale a été lancée pour faire savoir que le SWP adoptait désormais ouvertement une position antisémite.
La réaction du SWP a été intéressante.Dans leur hebdomadaire The Militant, ils ont publié une série d’articles sur la manière dont l’organisation avait lutté contre l’antisémitisme depuis sa création dans les années 1930. Ils étaient horrifiés à l’idée que quiconque puisse les considérer comme des antisémites. Mais leur ligne sur Israël et la Palestine n’a pas changé. Et l’organisation, qui était le groupe non stalinien le plus gros et le plus important de la gauche américaine [d’alors Ndr], est restée constante dans son soutien à la Palestine et contre Israël.
Le SWP britannique ne partage pas de tradition commune avec le groupe américain, sauf qu’ils sont tous deux issus d’une tradition anti-stalinienne d’extrême gauche avec des points de vue quelque peu différents sur Trotsky et l’Union soviétique. Mais ce qu’ils partageaient en commun, autre qu’un nom, jusqu’à récemment, c’était leur extrême hostilité à l’égard d’Israël et leur soutien à la Palestine.
Voici ce que le SWP britannique a dit immédiatement après les attaques du Hamas du 7 octobre contre des kibboutzim israéliens et des villes proches de Gaza : « Les Palestiniens ont porté un coup énorme au colonialisme de peuplement israélien ». Notez qu’ils utilisent le terme « colons » pour décrire des villages établis bien avant l’occupation israélienne de la Cisjordanie ou de Gaza. Par « colons », ils entendent tous les Israéliens. Ils poursuivent : « Face à l’escalade de la violence de la part de l’État israélien, les combattants palestiniens ont lancé samedi 7 octobre une attaque sans précédent depuis la bande de Gaza. » Ils ont trouvé un Palestinien vivant près de Jérusalem qui leur a dit : « Nous sommes tous fiers » de l’attaque du Hamas contre des civils israéliens.
Ils sont à juste titre préoccupés par les souffrances des Palestiniens à Gaza, qui vont certainement s’aggraver à mesure que les combats se poursuivent. Mais il n’y a pas eu un seul mot de critique du Hamas de la part du SWP.
Demi-tour complet
Mais entre-temps, aux États-Unis, le SWP a radicalement changé sa position. The Militant continue de paraître chaque semaine et, dans sa couverture de Gaza, il adopte une position fortement anti-Hamas. Le titre principal de leur site Internet aujourd’hui est « Combattez la haine des Juifs !Soutenez le droit d’Israël à exister !» Un autre article du journal est intitulé « Le Hamas a été construit pour tuer les Juifs, avec mépris pour les Palestiniens ». Contrairement au SWP britannique, sa couverture du massacre et des enlèvements de masse du 7 octobre commence par ces mots : « Le massacre de sang-froid… perpétré par le Hamas soutenu par Téhéran était conforme à la ligne réactionnaire du groupe islamiste depuis sa création il y a des décennies. »
On ne pouvait imaginer un changement de position plus complet. Quelle est la cause de ce changement ? Honnêtement, je ne sais pas. Certains des principaux dirigeants du SWP américain sont les mêmes qui le dirigeaient en 1972, notamment Jack Barnes, qui a été le secrétaire national du parti pendant plus de 50 ans. Quelle que soit la cause de ce changement, il s’agit certainement d’une évolution bienvenue.
Ce n’était certainement pas la campagne que nous avons menée en 1972. La seule réponse du SWP à cela a été le déni et la mise en avant de son bilan dans la lutte contre l’antisémitisme des décennies plus tôt. On peut soutenir que le fait qu’ils se soient sentis obligés de se défendre contre l’accusation d’antisémitisme signifiait quelque chose.
Rien de tel n’arrive ici au SWP britannique. Comme la plupart des groupes d’extrême gauche en Grande-Bretagne et dans toute l’Europe, ils soutiennent sans réserve le Hamas et les pires attaques terroristes qu’a connues le peuple juif depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils applaudissent le Hamas, une organisation qui n’a rien fait pour améliorer la vie des Palestiniens ni pour promouvoir une solution à deux États.
Peut-on faire quelque chose pour persuader la majorité des groupes d’extrême gauche en Grande-Bretagne et ailleurs de changer de cap et d’adopter une position similaire à celle adoptée par le SWP américain ? Cela semble peu probable. Mais ce que nous pouvons faire – et ce qu’une nouvelle génération doit faire – c’est défier sans crainte les groupes de gauche qui refusent de condamner le Hamas et refusent de reconnaître le droit du peuple juif à sa patrie. Tant qu’ils n’abandonneront pas leur soutien au terrorisme meurtrier, ils ne seront pas mes camarades – et ils ne devraient pas non plus être les vôtres.
• Eric Lee est le rédacteur fondateur de LabourStart, il écrit ici à titre personnel
Source : https://workersliberty.org/story/2023-11-01/tale-two-swps
Traduction par nos soins
Note 1 :
Le SP-USA de 1972 était dirigé par une fraction animée par Max Shachtman qui de glorieux combattant anti-stalinien des années 30 et 40 était devenu un flanc-gauche de l’impérialisme US à partir du début des années 60. Le positionnement de Shachtman amena à l’éclatement du SP en trois groupes rivaux et distincts dans les choix tactiques.
Note 2 :
Sur les thématiques suivantes, les Marxists Internet Archives donnent accès à un nombre considérable de sources :
Même certains « initiés en histoire des courants se réclamant du trotskysme » parmi nos lecteurs français pourraient ne pas saisir toute la saveur, tout le « grano salis », de cet article d’Eric Lee, qui est un militant internationaliste de premier plan dans le domaine de la solidarité syndicale internationale.
Le SWP étatsunien de Cannon et Hansen, puis de la génération Barnes-Sheppard, est une sorte de « roc », avec ses qualités et ses défauts, de l’histoire de la IV° Internationale, puis est devenu la principale organisation apparaissant non pas comme trotskyste, mais comme castriste, aux Etats-Unis, depuis 1979. Il s’est beaucoup étiolé et a engendre, comme l’OCI française, une diaspora de groupes et de militants souvent fort féconds.
Son positionnement « campiste » des années 1980 n’augurait donc pas de ses positions pro-ukrainiennes actuelles, ni de son approche de la question de l’antisémitisme et même d’une prise en compte faible, pour le moins, de la question nationale palestinienne.
Inversement, le SWP britannique a été la maison-mère du courant « cliffiste » (en France Socialisme par en bas, Danielle Obono en est parait-il issue), qui apparaissait comme iconoclaste, un peu libertaire sur les bords, etc.
Aujourd’hui ce sont, pour le dire gentiment, de fieffés campistes qui ne risquent pas d’appeler un pogrom pogrom.
Dans les deux cas, rien n’était donc écrit par avance.
Ce que l’on peut observer aussi en regardant les deux firmes principales issues de la pétrification de l’ancienne OCI, POI et POID, ou, dans d’autre sens, le « SU » comme disent les anciens, les morénistes, etc.
Comme disait Stéphane Just : « Rien n’est jamais définitivement acquis » !
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