La publication de la correspondance André Gide – Jean Malaquais, à l’initiative de Geneviève Nakach, sa biographe (1), a fait l’objet d’un article très précis de Médiapart sous la signature d’Antoine Perraud (2) sur cet écrivain qui a fait partie des maudits de la seconde moitié du XXème siècle.

Le poète René Guy Cadou qui fit l’objet d’une omerta de la part de l’éditeur Gallimard à la fin de la guerre, disait que celui qui n’était ni du côté de l’Eglise, ni du côté du PCF, n’avait aucune chance d’être publié. Malaquais fut de ceux-là. On peut relire ci-jointe la brochure publiée en 1934 sur Aragon, au moment où ce dernier revient du congrès de l’Union des écrivains à Moscou et rompt avec le mandat que lui avait confié le groupe surréaliste. La couverture des crimes du stalinisme ira de pair avec son évolution vers le caractère nationaliste de sa poésie (3).

C’est au moment où André Gide, se définissant alors comme ami de l’URSS, en décembre 1935, que Malaquais arrive à forcer la porte de ce dernier. Le Retour d’URSS paraîtra en novembre 1936. On se souvient que Léon Trotsky avait écrit sur Jean Malaquais (4). Il faut relire en particulier l’article du 7 août 1939, dans la continuité de la méthode qui est celle de la forme première du livre Littérature et Révolution de 1923, puis ensuite avec le Manifeste de Mexico de 1938 avec André Breton.

Le révolutionnaire a toujours recherché dans la production littéraire et artistique d’une époque, ce qui en traduit les aspirations profondes. Il réclamait la liberté absolue de création et de pensée, rejetant toutes « les gendarmeries spirituelles » des États ou des partis. Dans la discussion du Manifeste de 1938, André Breton hésitait sur la formulation « Liberté absolue », le poète disait : « Liberté sauf contre la révolution prolétarienne ». Trotsky répliqua : « Liberté même contre la Révolution prolétarienne ». De la même manière qu’il avait vu dans le Malraux de la Condition humaine, l’aventurier en devenir politique, il discerne chez Malaquais les qualités d’un authentique écrivain dans son roman Les Javanais, maintenu dans l’ombre par le conformisme littéraire d’hier et encore plus d’aujourd’hui. Trotsky écrivait à propos de ce premier roman :

« Bien qu’il possède une dimension sociale, le roman n’a en aucun cas un caractère tendancieux. Il ne veut rien prouver, ne fait de la propagande pour rien, contrairement à tant d’œuvres de notre époque, qui, en trop grand nombre, se soumettent aux ordres, même dans le domaine de l’art. Le roman de Malaquais est  » seulement  » une œuvre artistique. Et en même temps, nous sentons à chaque pas les convulsions de notre époque, la plus grandiose et la plus monstrueuse, la plus cruciale et la plus despotique, qu’ait connue jusqu’ici l’histoire humaine. L’union d’un lyrisme personnel réfractaire et d’une poésie épique violente, celle-là même de son temps, fait, peut-être le charme principal de cette œuvre. »

1939… 2023…

RD, le 11-10-2023.

Notes :

(1) Classiques Garnier, 2023, 29 euros.

(2) https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/061023/jean-malaquais-l-ecrivain-des-sans-papiers

(3) Supplément à La Diane Française, La Rime en 1940.

(4) Œuvres, éditions ILT, Tome 21, pages 368 à 377, 7 août 1939, accessible aussi sur le chapitre français des MIA

Sur l’œuvre de Jean Malaquais, voir la compilation réalisée par la Société Jean Malaquais.