Ce texte est celui annoncé à l’issue de notre réunion du 2 octobre.

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Le quinquennat Macron a été un quinquennat de violence, violence sociale et parfois, souvent, violence répressive directe, et cela continue. Commis pour détruire les droits sociaux (retraite, sécurité sociale, code du travail, services publics, santé, école), Macron a frappé, le peuple a résisté, a combattu. Résistance des aides-soignantes d’Ehpad jusqu’à maintenant, Gilets jaunes, grève pour les retraites, tous ces grands mouvements sociaux furent des mouvements démocratiques posant la question du pouvoir, et cherchant à la résoudre. N’oublions jamais : les Gilets jaunes ont voulu prendre l’Élysée.

La violence sociale et la violence directe se sont poursuivies avec la pandémie, ce fléau du capitalisme planétaire. Entre confinements ubuesques et fermetures de lits dans les hôpitaux, l’exécutif macronien aura tout fait, sauf pour la santé publique. Et il continue, tentant de chasser des milliers et des milliers de personnels de Santé, au motif de la vaccination alors qu’il ne vaccine pratiquement plus, pour finir de la casser.

L’affrontement social se poursuit donc, à quelques mois des présidentielles, et celles-ci ne peuvent plus servir à le calmer temporairement, le temps de recharger les compteurs du régime de la V° République, le temps de faire élire un nouveau roitelet, appelé comme Macron à faire de ce régime, instauré en 1958 par un coup d’État militaire, de ce régime qui n’est pas une démocratie, le vrai État fort, impérialiste, antisocial, qu’il n’est toujours pas parvenu à instaurer. Car les grandes luttes sociales du quinquennat Macron s’inscrivent pleinement dans l’histoire des poussées vers la grève générale et vers l’affrontement central qui, en dehors et contre les élections présidentielles, ont rythmé la vie réelle de notre pays depuis maintenant 63 ans, avec mai-juin 68 jusqu’aux Gilets jaunes.

A présent il s’agit non pas seulement de résister, mais de renverser ce régime, cet État, du président aux préfets, recteurs et autres directeurs d’ARS, en instaurant la démocratie pleine, réelle, entière. C’est élire à tous les niveaux des représentants mandatés, dotés d’un vrai pouvoir contre l’État et le capital. C’est donc ouvrir un chemin vers une Assemblée constituante souveraine.

Oui, ceci est à l’ordre-du-jour parce que, d’abord, c’est vital : la poursuite de la V° République, c’est ce que Macron a tenté de faire, a commencé de faire. C’est la violence, la précarité, le plongeon dans un avenir indigne fait de crises climatiques, de pandémies, de guerres et de déchirements sans fin. Le premier pas pour stopper la catastrophe globale, c’est l’instauration de la démocratie.

Mais ceci est à l’ordre-du-jour parce que ceci est non seulement nécessaire, mais possible. Le prolétariat est tout sauf inerte. Il faut pour le comprendre, bien entendu ne pas prendre l’abstention majoritaire de juin dernier pour de l’apathie et de l’indifférence, mais pour ce qu’elle est : un refus. Il faut pour le comprendre, ne pas se raconter que « la société » se « fascise » ou se «zemmourise » et que les manifestants anti-passe sont des complotistes, et les comprendre pour ce qu’ils sont : des adversaires de Macron combattant pour la liberté – parfaitement, la liberté ! Il faut pour le comprendre ne pas mesurer le niveau réel de mobilisation au suivi des journées d’action mises en avant pour protéger Macron, comme celle du 5 octobre dernier, mais saisir la réalité des grèves pour les salaires, des grèves pour l’emploi, des grèves pour la dignité, et la place des femmes travailleuses, notamment dans la santé, dans ce processus montant.

Pour bien des militants formés par ce que sont les traditions de gauche et d’extrême-gauche, il est vrai que c’est là une sorte de révolution copernicienne, difficile pour eux, qui s’impose : ne pas mesurer la conscience des masses aux discours idéologiques existants, mais à leurs actions réelles. Tout de même : en plein mois d’août, malgré l’hostilité des directions syndicales et de quasi toute « la gauche », il y a eu des centaines de milliers de manifestants dans ce pays !

Le degré de distance pris entre le mouvement réel et les organisations et courants « de gauche » existants s’aggrave mais il n’est pas une nouveauté, il a été utilisé par Macron pour accéder au pouvoir, mais nous avons maintenant, de manière répétée, massive, des mouvements tendant à l’affrontement social central, qui se développent sans, malgré, contre, ces organisations et courants. La décrépitude connue et avérée des candidatures « de gauche » de toutes catégories aux présidentielles et l’absence totale et éclatante de tout espoir de gagner ce scrutin parmi elles fait partie de cette situation. Ce festival de candidatures – allant généreusement de Mme Hidalgo au camarade Anasse Kazib ! – se situe, par le fait même de participer au cadre de la présidentielle, dans un théâtre d’ombres qui n’est pas celui du mouvement réel de millions et de millions, mais qui est celui de la préservation de ce régime. C’est ainsi, et si des convulsions sont possibles, elles ne produiront aucune issue sur ce terrain. Il est temps d’atterrir.

Alors, perdu pour perdu ? Certainement pas ! La prise en compte du réel doit aller jusqu’au bout et sortir des schémas répétitifs qui deviennent maintenant séniles. Le vote populaire pour les droits sociaux et pour la démocratie existe. C’est l’abstention majoritaire. Qu’elle soit majoritaire à la présidentielle, et l’élu ou l’élue, quel qu’il soit, sera en difficulté immédiate. Il est possible de délégitimer le président ! Il est possible de faire du scrutin antidémocratique dont la fonction est de relancer ce régime, un missile contre ce régime ! Pour cela, il faut dire ce qui est. Il faut exprimer ouvertement le contenu politique de l’abstention, pour agir pour qu’elle soit majoritaire à la présidentielle (ce qui n’a aucun précédent), et cela surtout en agissant pour que son contenu politique soit explicité.

Nous appelons donc à organiser politiquement l’abstention active pour délégitimer les présidentielles de la V° République, en vue d’ouvrir une brèche, celle que recherchent les Gilets jaunes et les vraies grèves de ces dernières années. Nous ne croyons pas aux changements de régime octroyés. C’est par en bas, par l’action commune, par l’unité de celles et de ceux d’en bas, que changent les régimes, en tout cas dans le sens de la vraie démocratie.

Dire cela dès maintenant, c’est aider les mouvements sociaux qui se cherchent, les nombreuses grèves pour les salaires, le mouvement anti-passe, au moment où s’approche la date du 15 octobre, par laquelle l’exécutif de Macron-Véran va tenter de faire ce à quoi il n’est toujours pas arrivé, qu’il n’a pu faire le 15 septembre malgré les milliers de suspendus sans salaires dans les établissements de santé : suspendre pour les virer définitivement sans droits 300.000 soignants ! Ils vont essayer.

Le mouvement réel de la résistance active dans tous les hôpitaux, cliniques et Ehpad, relié au soutien de millions d’individus, entraînant des centaines de structures syndicales, va à nouveau les affronter (le 5 octobre n’aura donc été ni un aboutissement, ni un commencement !). La perspective de battre la présidentielle, le régime, par l’abstention majoritaire, est une perspective totalement réaliste pour les mouvements sociaux actuels, y compris s’ils s’amplifiaient en un affrontement central général avant avril, car celui-ci aurait forcément pour sens que la solution ne passera pas par le vote aux présidentielles, et il permettrait en retour d’amplifier le mouvement tournant le dos à celles-ci et à ce régime non démocratique.

Il ne s’agit pas d’exprimer un dépit. Il ne s’agit pas de rappeler que les élections ne changent pas la société. Il s’agit de dire ce qui est dans la réalité, mais qu’aucune force organisée, sauf nous à partir de maintenant, ne dit : c’est une victoire qui est possible. Car l’abstention majoritaire doit changer la donne pour ébranler ce régime, affaiblir l’élu-e quel qu’il soit, et elle peut le faire. Pauvre « réalisme » que celui qui rame pour faire voter pour tel ou tel dans les circonstances d’aujourd’hui, ou pour trouver les 500 signatures, ou pour tenter d’enfanter la combinaison « unitaire » gagnante … ! Arrêtons de rêver.

Le réalisme, c’est dire et propager le contenu politique de l’abstention active !

Nous savons que ceci surprendra : l’abstention, mais c’est pas bien ! Il faut maintenant l’affirmer : « l’abstention, c’est la démocratie ; les présidentielles, c’est la V° République antidémocratique ! », et les partisans de la démocratie ont pour tâche de rendre cela conscient, pour aider l’abstention à être active, victorieuse, pour aller vers la réalisation urgente de la vraie démocratie !

Hélène Chantereau, Laurent Degousée, Olivier Delbeke, Alain Dubois, Robert Duguet, Fabien Gallet, Laurent Gutierrez, Alexis Mayet, Pierre Millot, Vincent Présumey.

Le 6 octobre 2021

Cet appel est ouvert :

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