L’épisode du jour de la crise de régime aux États-Unis a au moins autant d’importance que le Covid de Trump et tous les doutes justifiés sur l’état réel du personnage. Le FBI a arrêté une bande de barbouzes « patriotes » qui s’apprêtait à kidnapper la gouverneure démocrate du Michigan, Gretchen Whitmer, à la « juger » et à l’assassiner, sans doute en filmant la scène et en la diffusant en direct.

Les connexions, plus, les boulevards, entre cette bande armée, les « Wolverine Watchmen » et certains shérifs, certains secteurs de la police, et les supporters de Trump, les « Proud Boys », « Boogaloo Boys », et les anti-confinements dont le Michigan avait été la pointe avancée ce printemps, sont avérées, désignées comme telles par le FBI, et d’ailleurs assumées par les divers groupes et milices concernés.

Les « Wolverine Watchmen » auraient préparé cet attentat pour « provoquer la guerre civile ». Pendant ce temps, Trump a tweeté pour s’étonner que son ministre de la « Justice » n’ait pas encore fait mettre sous les verrous … Biden et Obama. A ce stade de délire, on peut donc s’interroger sur son état réel, et la combinaison entre sa psyché malade, son Covid, et ses divers traitements.

L’affaire du Michigan révèle à la fois la disposition des bandes trumpistes, phalanges de désaxés menacés sans doute par l’effondrement de leur ordre social, et qui incriminent à la fois le complot de l’intérieur (Qanon) et le danger noir et amérindien (les latinos migrants de ces dernières années sont souvent des amérindiens, une dimension importante de la réalité), prêts à passer à l’acte et souvent surarmés, et l’état de mobilisation, en l’occurrence, du FBI, le procureur de l’État ayant fait savoir que des pistes similaires sont traquées dans plusieurs autres États.

La stratégie de la tension d’ici au 3 novembre est engagée.

On peut même se demander si les affrontements du 3 novembre ne viennent pas de commencer, un peu prématurément par rapport à la demande de Trump faite publiquement aux Proud Boys d’attendre l’arme au pied le jour J, mais les forces mises en branle lui échappent. Il est vrai aussi qu’il avait dit cela avant son Covid, qui ne semble pas bénin (et qui a contaminé toute la Maison blanche et son état-major personnel), et l’ébranlement politique correspondant.

Les partisans conséquents de la démocratie et le mouvement ouvrier ne sauraient, ceci dit, s’en remettre au FBI, qui n’a jamais été une institution ni ouvrière ni démocratique. Même les secteurs politiques de gauche qui se refusent au vote Biden auraient intérêt à appuyer les mobilisations pour surveiller le vote et le dépouillement par un contrôle démocratique d’en bas, préparant ainsi la suite : chasser Trump, défaire les bandes suprémacistes, s’organiser de manière indépendante pour les exigences sociales urgentes, protéger les noirs et les latinos. La guerre civile, l’immense majorité la refuse, surtout un Shitstorm confus entre FBI et Proud Boys de tout acabit. Mais l’écrasement des bandes fascistes, des polices racistes, et de Trump doit avoir lieu si on veut l’éviter. La défaite de Trump et la victoire sur ces bandes peuvent ouvrir une nouvelle phase de la lutte des classes aux États-Unis, celle de l’organisation politique indépendante des larges masses, qu’annonce depuis trois mois le soulèvement Black Lives Matter qui a mobilisé des foules qui sont des centaines de fois plus nombreuses que les milices de tarés.

10-10-2020.

Rappel : shitstorm a pour équivalent français littéral « tempête de merde ».