Comme on pouvait s’y attendre, les directions nationales CGT, CGT-FO, FSU et Solidaires appellent à une nouvelle journée de grève mardi 10 décembre. Doit-on opposer à cela la « grève reconductible » ? Mais alors, ces directions peuvent objecter qu’elles ne manquent pas d’y appeler, qu’elles incitent les travailleurs à s’y engager et qu’elles soutiennent les grévistes dans leurs efforts !

Grève reconductible ou temps forts ? Cette alternative n’en est pas une. Les deux sont parfaitement complémentaires et, d’ailleurs, le mouvement réel de la grève générale va assez naturellement se saisir des dits «temps forts» à son profit, c’est bien naturel.

La vraie question est : que sommes-nous vraiment en train de faire ?

Nous avons le 5 décembre réalisé une GRÉVE GÉNÉRALE CONTRE MACRON. Et nous cherchons à consolider celle-ci pour qu’elle nous appartienne afin de GAGNER. Nos syndicats au niveau national ne disent pas cela ou le disent à moitié, ce qui revient au même. Nous ne sommes pas en train de faire une « reconductible » jouxtant des « temps forts ». Nous sommes en train, appuyés, confortés sur ce que nous avons fait le 5 décembre, de chercher à GAGNER. Reconduction ou pas, cela passe par notre plein contrôle sur notre grève et nos actions.

La question politique (et donc syndicale) centrale est celle des assemblées générales RÉELLES réunissant les ateliers, les usines, les chantiers, les bureaux, les écoles, les établissements, mais aussi les sites et nœuds logistiques façon Gilets jaunes, qui peuvent jouer, risquons cette comparaison, le rôle des comités de chômeurs et des comités de ménagères pour le contrôle des prix, en Allemagne en 1923, par rapport aux conseils d’usines.

Dans l’enseignement se pose la question de comités de grève départementaux intégrant les syndicats, ayant vocation à s’élargir vers les parents d’élèves et les élus.

Dans la jeunesse, celle de vraies AG. La lutte politique pour régler la question du pouvoir en chassant Macron et en brisant la V° République appelle ces formes d’organisations qui sont en même temps un vivant besoin des plus larges masses.

Et ne nous y trompons pas : c’est une bataille extrêmement difficile, qui demanderait une organisation politique centralisée, centralisée au bon sens du terme bien entendu ! Elle est extrêmement difficile parce que l’auto-organisation n’est pas dans les habitudes de la société capitaliste et que toutes les pratiques existantes, politiques, syndicales souvent, «gauchistes» souvent aussi, s’y opposent en réalité.

Ce n’est pas de « convaincre les gars du privé qu’il faut entrer en grève » qui est la vraie difficulté, comme le pense l’honnête cadre syndical voulant agir, c’est bien d’aider systématiquement ce mouvement vers l’auto-organisation à se chercher et à se trouver lui-même en échappant aux phraseurs, aux provocations, à l’enfermement dans la boite, à la fiction « interpro » prématurée – ces deux revers d’une même médaille-, à l’autoritarisme des délégués officiels (dont le rejet joue un grand rôle, par rapport à la discipline de la grève perlée perdue d’avance, à la SNCF aujourd’hui). Cette voie n’est pas facile du tout.

Mais c’est la voie du succès : la voie des comités de grève, des formes soviétiques d’organisation de la masse, seule à même de régler, en cas de crise victorieuse, la question du pouvoir en organisant le processus constituant en lieu et place de l’appareil préfectoral, bureaucratique et militaire de la V° République. Comme en Algérie, la voie du succès est celle de la révolution.

Nous ne rêvons en rien : cette seule voie est une voie difficile et les épreuves, les coups, le sang – probablement – seront au rendez-vous parce que c’est seulement de manière organique, certes très riche dans ses composantes sociales et politiques, et pas de manière organisée politiquement, c’est-à-dire centralisée et anticipant sur ce qui se prépare, et en même temps pluraliste, que la masse l’appréhende. C’est la raison d’être de notre bulletin et sans doute d’autres groupes, d’autres équipes, ont la même préoccupation. Groupons-nous.