Remarques complémentaires sur les résultats des élections du 26 mai.

En complément à notre analyse immédiate des résultats électoraux du 26 mai en France, suite à des discussions, et aux analyses plus précises apportées depuis sur ces résultats, il nous a semblé utile de revenir sur quelques points, que nous résumons ci-dessous par des affirmations que l’on a pu, souvent, lire dans la semaine écoulée.

« La hausse de la participation montre que le sentiment européen remonte! »

Tout d’abord il ne faut rien exagérer : l’abstention devance les résultats de tous les partis et reste majoritaire à l’échelle européenne.

Ensuite les mots «sentiment européen» sont biaisés. L’UE, ce n’est pas l’Europe, et les institutions non démocratiques de l’UE, résultantes de rapports de force entre États, ne sont pas des institutions «européennes». L’Europe, comme concert de nations menant des luttes communes contre l’oppression, a existé avant l’UE. Et elle lui survivra.

Cela dit, la hausse, réelle quoi que toute relative, de la participation, s’explique par le sentiment que la crise politique s’aggrave, et par la volonté de chercher des «votes utiles» pour contrer tel ou tel chef d’État, en France Macron, ou pour le défendre …

« Le score de la liste LREM montre que Macron a résisté et transformé l’essai. »

Justement le vote LREM, c’est-à-dire Macron, sans être parvenu à être en tête ce qui constitue un échec politique pour le président de la V° République, est présenté comme ayant toutefois bien résisté, à l’aune d’une situation où, quelques mois auparavant, l’Élysée fut menacé de prise d’assaut. Le «socle» serait «consolidé».

En réalité, il a pivoté et est donc instable. D’une part, Macron a perdu les voix politiquement confuses de la «gauche» qu’il avait eu dès le premier tour des présidentielles de 2017, heurtées par la violence du pouvoir, qui se sont portées vers EELV surtout, voire vers le PS et Génération.s. D’autre part, il a massivement siphonné l’électorat de LR, avec une hausse spectaculaire du vote vieux, riche, et catholique pratiquant. La comparaison des cartes du vote Macron à Paris sur ces deux scrutins est sans appel : on a une translation du centre vers les arrondissements les plus riches et les plus conservateurs, à l’ouest. Neuilly, ville de Sarkozy, est la première ville macronienne.

Électoralement, LREM est devenu le parti de l’ordre, le parti versaillais. Du coup, la poursuite de la construction d’un parti du président correspondant à Macron devrait s’engager vers la récupération des restes du néo-gaullisme. Ce qui n’ira pas sans susciter crises et grincements de dents, toute poussée de la lutte de classe de celles et de ceux d’en bas conduisant à ce que les uns et les autres, le nouveau monde macronien et son ancien monde de la V° République, s’entraînent mutuellement dans la chute …

« Les gilets jaunes ont voté RN. »

Voila bien le pire commentaire «analytique» de ce scrutin !

D’opportunes enquêtes ont entrepris, d’une part de nous apprendre ce que nous savions déjà – que des électeurs FN puis RN se sont faits gilets jaunes et que des gilets jaunes ont voté RN – et d’autre part de réduire ceci à un axiome socio-politique, «gilet jaune = RN, qu’on se le tienne pour dit et qu’on n’en parle plus!»

Rien ne prouve en réalité que si les «gilets jaunes» et les luttes sociales qui leur correspondent ne s’étaient pas produites, le score du RN n’aurait pas été encore plus élevé. Macron et divers commentateurs et personnalités politiques ont permis que ce vote apparaisse aux yeux de couches ne se reconnaissant (à juste titre !) dans aucune force politique établie comme le «vote utile» pour «faire barrage» (hé oui ! la formule s’est inversée !) à Macron.

Dans ces conditions, le fait le plus remarquable est que le RN n’ait pas plus prospéré. Qu’il soit en tête ne doit pas occulter le fait qu’il a fait un score certes élevé et qu’il le doit à Macron.

« Les résultats montrent que la gauche, unie, gagnerait! »

Il ne manque pas d’appels au «sursaut» de la gauche, lequel passerait par son unité.

Le fait qu’en additionnant les scores des forces classées à gauche, ou ayant, dans le cas de EELV, un électorat supposé notoirement en partager les «valeurs», on puisse obtenir un score élevé – 32% disions-nous nous-mêmes si l’on ajoute EELV, LFI, PS-Place publique, Génération.s, PCF, LO – semble plaider en ce sens.

Cependant, attention aux illusions électorales et à un certain angélisme. Certes, cette addition est significative, surtout si on la cumule avec le fait que l’abstention est majoritaire chez les jeunes et chez les ouvriers et employés. Mais elle ne permet absolument pas de s’imaginer que la simple union de ces forces comporterait une dynamique magique de résurrection. Leurs positions à toutes résultent de l’histoire de ces dernières années qui est, justement, l’histoire de la liquidation systématique de toute perspective de changement réel par les forces se réclamant de «la gauche».

Il ne faut donc pas se raconter d’histoires : non seulement cette «union» apparaît contradictoire aux intérêts politiques des appareils politiques en question, mais elle ne réglerait rien par elle-même. Il faut inverser les termes par lesquels une perspective politique peut être constituée, c’est-à-dire qu’il faut partir du mouvement social réel. Celui-ci, outre ses revendications globales contre l’exploitation et pour un avenir («fin du mois et fin du monde»), combat dans la pratique pour renverser le président et le régime en place. Il faut une force, ou un regroupement, politique, sur ce terrain. Sur cette base on peut combattre pour imposer l’unité.

« EELV a fait un bon score »

En fait, ils sont à 13,4 % et certains ajoutent les voix d’Urgence écologie et du Parti animaliste pour parvenir à 17,5% soit plus que le score de 16% réalisé par les écologistes en… 2009. Ce résultat est souvent présenté comme une reconnaissance de l’activité des Verts à Strasbourg, et conduit Jadot à déclarer que « EELV est le troisième parti de France« .

L’Humanité se console de « l’affaiblissement de la gauche » par « une percée significative d’EELV ».

Mais le positionnement de Jadot est sans ambiguïté, il est UE compatible et refuse toute convergence « fin du monde / fins de mois ». N’en déplaise à l’Huma, Jadot déclare : « On ne va pas se mettre autour d’une table avec les anciens partis du XXème siècle pour des accords, des machins et des trucs. Je ne vais pas faire demain ce que je n’ai pas fait durant 10 mois« .

Nous ne doutons pas de l’antagonisme latent entre les penchants institutionnels des Jadot et consorts et la volonté sincère des électeurs de sauver toute forme de vie terrestre avant de sauver les banques, même si leur conscience immédiate est fort confuse.

« La FI doit revenir au populisme pour remonter la pente » versus « La FI doit choisir franchement l’union des gauches pour remonter la pente. »

Le score de la FI ayant constitué pour ses membres une grosse déception (alors qu’il n’a rien d’étonnant et aurait pu être plus bas), la polémique éclate, nécessairement violente concernant un mouvement dont le Chef a refusé qu’il dispose de quelque règle démocratique de discussion et de fonctionnement que ce soit.

Clémentine Autain explique qu’il faut être moins clivant et même s’appuyer «sur le ressort de l’espérance et non sur celui de la haine», ce qui est interprété comme un appel à se distancier du «populisme» initial pour rechercher l’union – les«passerelles», selon son expression.

Raquel Garrido affirme que la ligne d’union de la gauche de C. Autain a bien été en réalité celle de Manon Aubry et que c’est à cause d’elle que la FI s’est plantée. Il faut donc en revenir au «populisme», au «peuple» au dessus des classes et des partis, drapeau français en avant.

Pour Jacques Cotta, qui forme avec Denis Collin la rédaction de «La Sociale», c’est aussi à cause du supposé abandon du populisme et du ralliement à «la gauche» que la FI s’est effondrée. Analyse partagée également, notons-le, par les amis de Poutine : Djordje Kuzmanovic, suivi par Cotta et Collin jusqu’à ce qu’il s’associe avec MM. Philippot et Cheminade, et Andrea Kotarac, qui a appelé à voter RN.

Le Chef, quant à lui, «se repose» : il parlera le 6 juin ! Notons toutefois que J.L. Mélenchon avait, dés avant le scrutin, pondu une synthèse de la ligne «à gauche» et de la ligne «populiste», appelée «fédération du peuple», qui additionne en quelque sorte les inconvénients de l’une et de l’autre, et à laquelle personne n’a rien compris.

Quelle issue à ces affres ?

Ni «union de la gauche», ni «rassemblement du peuple contre l’oligarchie». Front unique ouvrier ! Ou, en termes plus contemporains, mais substantiellement identiques : dehors Macron, unité du prolétariat pour imposer la démocratie. Ce n’est certes pas là une issue pour la FI, constituée sur la base d’une volonté de rupture avec le mouvement ouvrier. Mais pour l’écrasante majorité de ses militants et de sa base, c’en est une ….

02-06-2019.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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2 commentaires pour Remarques complémentaires sur les résultats des élections du 26 mai.

  1. Levy dit :

    « .. ou en termes plus contemporains.. » 😅.. Ouf ! enfin ! mais il y a encore du chemin à faire…
    Hélas, en tout cas en Europe ( de l’atlantique au-delà de.. l’Oural 😎) et en Amérique, même « prolétariat » date voire repousse les prolétaires.. et leurs alliés « modernes » – salariat et couches opprimées déjà moins si pas encore assez renouvelé ?
    Et « rassembler une force politique pour… » – Comment on fait , sans s’épuiser à bâtir « des comités d’unité ouvrière… ( Cpuo, re-bonjour ! ) pendant.. 50 ans, cad en partie dans la tombe ..😉) ?

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  2. vpresumey dit :

    Bonjour à toi camarade !
    Sur le terme « prolétariat » : j’ai tendance à le préférer à « classe ouvrière » qui évoque l’industrie dans la tête des gens. La condition prolétarienne tend à être celle de la majorité humaine. Sachant que ce qui te gènes est l’emploi du terme par Staline Mao and co, mais ne faut-il pas se réapproprier les mots ?
    « … rassembler une force politique pour … » : faut déjà le dire. Après faut le faire … sans s’épuiser. C’est pourquoi nous réfléchissons, à Aplutosoc, à comment organiser débats et rencontres (pour les sigles, à chaque jour suffit sa peine).

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